Préservation de la fertilité : 17 200 français concernés chaque année


Chaque année en France, 17 200 personnes atteintes d’un cancer en âge de procréer[1] devraient bénéficier d’une « information sur les risques des traitements pour leur fertilité ultérieure et les possibilités de préservation de la fertilité », estiment l’Agence de Biomédecine et l’Institut du cancer dans une étude parue en novembre. Cette information est obligatoire selon la loi de bioéthique, et sa systématisation est un objectif du plan cancer 2014-2019. Mais quelles techniques sous-entend l’expression « préservation de la fertilité » ? Car prendre soin de ces personnes dans toutes leurs dimensions ne justifie pas la logique du « droit à l’enfant » en germe dans les procédures de PMA.

 

Si les chances de guérison augmentent pour nombre de cancer, les traitements parfois nécessaires dès le plus jeune âge peuvent être reprotoxiques. Dans ce cadre[2] et à titre préventif, plusieurs techniques sont donc proposées au patient pour « préserver sa fertilité » : congélation de ses gamètes ou de ses tissus germinaux, ou encore congélation d’embryons pour une femme en couple[3].

 

La conservation des gamètes (spermatozoïdes et ovocytes) ou la congélation d’embryon sont réalisées dans l’objectif de proposer par la suite au patient une procréation médicalement assistée, insémination ou fécondation in vitro. De même, la conservation de cellules germinales immatures est pratiquée pour les faire « mûrir » in vitro et rejoindre la solution précédente. Par contre, le prélèvement de tissu testiculaire ou de tissu ovarien dans le but de le réimplanter à l’issue du traitement toxique permet a priori d’envisager une grossesse naturelle.

 

Ces techniques ne sont pas toutes maîtrisées, et la recherche se poursuit notamment en ce qui concerne la gamétogenèse in vitro. La réimplantation de tissus germinaux présente pour sa part le risque de réintroduire des cellules malignes après le traitement.

 

L’expression « préservation de la fertilité » recouvre donc différentes méthodes, indifféremment présentées, alors que leurs implications éthiques sont radicalement différentes. Quelle information sera dispensée aux 17 200 français concernés chaque année ? Les délais courts avant la mise en œuvre du traitement, les conditions psychologiques que l’on imagine après l’annonce d’une telle pathologie ou encore le jeune âge du patient dans certains cas ne semblent pas propice à une prise de décision réfléchie et éclairée. Cette dernière n’est cependant pas à négliger : les gamètes portent notre identité. Peut-on les manipuler ?

 

Pour aller plus loin : « Préserver la fertilité » : un moyen détourné pour mener des recherches sur les gamètes ?

 

[1] Femmes de moins de 35 ans et hommes de moins de 50 ans ; limites fixées par l’étude

[2] En France la préservation de la fertilité est autorisée pour ces indications médicales ; elle est interdite à ce jour pour des indications non médicales.

[3] Pour la femme qui va subir une radiothérapie, il peut aussi être proposé une transposition des ovaires, une opération qui consiste à déplacer les ovaires pour les éloigner de la zone qui va subir une irradiation, afin de les protéger. Il est aussi parfois envisagé de bloquer la gamétogenèse par traitement hormonal pour réduire la sensibilité des cellules germinales aux anticancéreux dits antimitotiques.