PMA pour toutes : le "conformisme idéologique" du CCNE



Suite à l’avis favorable du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) sur l’ouverture à la procréation médicalement assistée pour femmes célibataires et lesbiennes (cf. Avis favorable du CCNE sur la "PMA pour toutes"), Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit[1] et Chantal Delsol, philosophe[2] publient deux tribunes dans Valeurs Actuelles.

 

Anne-Marie Le Pourhiet dénonce « un conformisme idéologique sans surprise ». Elle constate que le CCNE avait donné par le passé deux avis sur le sujet, en 2005 et 2009 qui s’étaient soldés tous les deux par un rejet de cette proposition. Mais les « comités […] ou commisions de toutes sortes, prétendument indépendants et censés apporter leur « expertise » impartiale […] sont en réalité soit manipulés par les groupes de pression, soit bardés de préjugés partisans ». Ainsi, elle ne s’étonne pas que ce nouvel avis prenne une autre teinte que les précédents sur le même sujet : le comité, dont « la composition actuelle a été programmée pour un tel résultat »,  « donne le feu vert à la revendication principale de la Gay Pride du 24 juin et à l’engagement électoral d’Emmanuel Macron ».

 

La juriste critique par ailleurs la « niaiserie » de cet avis dans lequel on relève des « contradictions majeures » : on peut y lire que « tout désir n’a pas vocation à être satisfait » et y trouver des « points de butée » semblant « devoir conduire à refuser la PMA aux homosexuelles et aux célibataires » (cf. Le CCNE ouvre la voie vers la "PMA pour toutes", décryptage d'un avis controversé). Mais la conclusion prône l'inverse. Elle remarque enfin que, loin des propos des « médias officiels », « le comité est cependant si mal assuré qu’il juge nécessaire de compléter sa conclusion par un appel à prolonger la réflexion » via « un travail de recherche scientifique, sans a priori ».

 

De son côté, Chantal Delsol, sans s’étonner de ces nouvelles dispositions, condamne « l’importance désormais monopolistique dévolue à la liberté individuelle face à n’importe quel autre critère, principe ou valeur ». Elle constate que nous avons perdu la « sacralité » de nos « valeurs anthropologiques », ce qui nous conduit à produire l'homme nouveau « par la force (...) au fil des désirs individuels ».

 

La question au coeur de ces « mesures dites sociétales », est celle de la filiation. Or les origines d’un enfant sont essentielles et doivent être dans la mesure du possible protégées : « Tout enfant a besoin de savoir d’où il vient parce qu’il sait […] qu’il ne s’est pas fait lui-même » et qu'il « a besoin de savoir qui sont les auteurs »; « Il a besoin de s’inscrire dans une lignée humaine où son humanité se déploie, par la mémoire, le mimétisme et l’exemple ». La philosophe dénonce également un des « arguments les plus absurdes des réformes sociétales » qui consiste à décréter que « puisqu’il existe des enfants sans père, en raison des malheurs de situations, il serait donc légitime de fabriquer des enfants sans père ». L'enfant est « un hominidé extraordinairement faible, voué à devenir un humanisé, mais qui ne le peut que par l’image réelle ou au moins symbolique d’une filiation que l’on prend au sérieux » écrit-elle. « Le plaisir des adultes n’a pas le droit de le priver volontairement de l’origine de son existence ».

 

[1] Juriste spécialiste de droit constitutionnel et professeur des universités en droit public à l’Université de Rennes-I

[2] Philosophe, historienne des idées politiques et romancière française. 


Sources: 

Valeurs Actuelles n°4209 du 27 juillet au 2 août