Nouvelle campagne de l’Agence de la biomédecine sur le don d’organes


Comme chaque année, l’Agence de la biomédecine organise une journée nationale de réflexion sur le don d’organes et la greffe, comme chaque année, elle aura lieu le 22 juin et, comme chaque année, l'Agence se fend d’une campagne TV et réseaux sociaux : « Don d’organes et de tissus. Tous concernés ». L’objectif annoncé est « de faire prendre conscience à la population que tout le monde est un donneur potentiel d’organes et de tissus, à moins de s’y être opposé de son vivant ».

 

Le spot proposé est assez anxiogène. Très réaliste, il propose des images filmées proche du visage d’un homme en détresse respiratoire dont on ne sait pas s’il est en train de mourir et s’il va être sauvé par une greffe ou bien si sa mort attendue fera de lui un donneur d’organes. De fait, l’ambiguïté est soulignée par la bande son qui explique qu’on a « pas besoin de s’inscrire comme donneur, pas besoin de carte de donneur, on est tous donneur d’organes et c’est bien, parce qu’on peut tous être receveur ». Tous ces plans, très efficacement, plongent dans l’urgence d’une situation grave, l’homme en début de vidéo git sur la chaussée. Ils jouent massivement sur l’émotion dans l’unique objectif d’emporter l’adhésion et finissent par laisser perplexe : si chacun de nous peut être l’un ou l’autre, comment choisir entre qui sauver et qui va mourir pour sauver ? Quelle vie sera plus digne d’être vécue ?

 

« On peut être contre, bien sûr, et s’inscrire sur le registre national des refus », mentionne la fin du clip. Mais face à la situation présentée, désespérée, ne vous sentirez-vous pas coupable ?

 

Le don d’organes, pour qu’il soit vraiment un don et qu’il échappe à la chosification du corps humain réduit à une réserve de pièces à échanger, ne devrait-il pas dépendre uniquement de l’accord explicite de la personne donneuse (cf. Le corps humain soumis à la loi du marché ? et Sylviane Agacinski : don d'organes, « laisser le corps en dehors du marché » ) ?