Naissance du premier "bébé à trois parents" : un précédent dangereux et irresponsable



Le New Scientist a révélé hier la naissance du « premier enfant avec trois parents », une information confirmée par l’American Society for Reproductive Medicine (ASRM). L’enfant, Abrahim Hassan, est né le 6 avril au Mexique : « L’équipe médicale dit ouvertement être allée au Mexique ‘où il n’existe aucune réglementation’ pour échapper aux législations existantes aux Etats-Unis ».

 

L’équipe de médecins internationaux était menée par le Dr John Zhang du centre New Hope Fertility, « spécialiste libéral bien connu dans le marché de la PMA et connecté dans de nombreux pays ». Les médecins ont transféré l’ADN nucléaire de la mère dans cinq ovocytes d’une donneuse dont les noyaux avaient été retirés. Ces ovocytes génétiquement modifiés ont été fécondés par le sperme du père. Sur les cinq embryons créés, « quatre étaient viables, et parmi eux un était normal et a été réimplanté ». Cette technique est « destinée à prévenir la naissance d’enfants atteints de maladies mitochondriales », transmises par la mère. Ici, « cette procréation expérimentale visait dans une famille jordanienne à prévenir le risque de transmission du syndrome de Leigh », dont deux de leurs précédents enfants sont morts. Par ailleurs, les chercheurs « ont fait en sorte que l’enfant soit un garçon », pour que le changement génétique ne se transmette pas à la génération suivante.

 

Le couple avait auparavant refusé une technique autorisée en Grande Bretagne, au prétexte que « cette approche aurait détruit deux embryons ». Dans ce pays, les « premiers bébés à trois parents naitront cet automne ».

 

Cette annonce est controversée. Nombre de chercheurs regrettent le « manque de recul sur une question aux enjeux aussi lourds » : « plusieurs données expérimentales incitent à la plus grande prudence, le risque principal résidant dans des altérations progressives des fonctions mitochondriales et une apparition retardée des symptômes de la maladie ». D’autres estiment que « l’équipe aurait dû soumettre préalablement une étude clinique compète avec toutes les données pour être examinées par des experts », car cette technique est « risquée avec des conséquences imprévisibles sur la santé de l’enfant et des futures générations ». Cette action « irresponsable et non éthique créé un précédent dangereux », a déclaré Marcy Darnovsky, directrice du Center for Genetics and Society, une ONG basée à Berkeley, en Californie.

 

L’équipe médicale en cause répondra aux interrogations lors de la conférence annuelle de l’ASRM au mois d’octobre.


Sources: 

AFP (27/09/2016); Huffington Post, Grégory Rozières (27/09/2016); Jean-Yves Nau (27/09/2016)