Modifications génétiques d’embryons humains : une fracture symbolique qui appelle un sursaut éthique



Le 18 avril une équipe de chercheurs chinois annonçait dans la revue Protein&Cell avoir manipulé génétiquement des embryons humains au moyen de la technique  CRISPR-Cas9 dans une tentative échouée de corriger un gène responsable de bêta thalassémie (cf. Synthèse Gènéthique du 24 avril 2015). Sur 86 embryons non viables modifiés, 15 n’ont pas survécu au traitement et seulement 4 ont eu leurs gènes déficients corrigés. A mentionner également « le nombre étonnamment élevé » de mutations non prévues.

 

Pour Jean-Yves Nau, « l’heure est grave », car cette expérience « n’est pas une performance technique », mais elle représente « une considérable fracture symbolique » parce qu’elle « touche au patrimoine héréditaire de l’espèce humaine ».

 

Si la technique d’ingénierie CRISPR-Cas9 appliquée aux cellules germinales « soulève toutes les craintes »,  c’est qu’elle aurait pour conséquence « de modifier l’hérédité humaine, et non plus, comme les thérapies géniques classiques, une partie seulement des cellules défaillantes d’un individu ». Elle traite donc « de la possibilité de manipuler le génome humain à partir de l’embryon et ceci d’une manière qui permettrait la transmission de cette modification à la descendance » analyse Anne Galy, directrice de l’unité Inserm 951 au Généthon d’Evry.

 

Certains y voient « une première étape vers une forme d’eugénisme et la quête du ‘bébé parfait’ ». La communauté génétique tend à donner raison à la co-inventrice du CRISPR-Cas9, Emmanuelle Charpentier, qui déclarait : « Cette technique fonctionne si bien et rencontre un tel succès qu’il serait important d’évaluer les aspects éthiques de son utilisation ». Ainsi des voix s’élèvent pour réclamer « une nouvelle conférence d’Asilomar », laquelle appelait en 1975 à un moratoire sur les modifications génétiques.

 

Pour Jean-Yves Nau, il s’agit d’un « combat éthique devenu crucial pour l’avenir et la notion même d’espèce humaine ».

 


Sources: 

Blog de Jean-Yves Nau (24/04/2015); Réponse à tout! (Laurie Ferrère), 24/04/2015; Blog de Jean-Yves Nau (27/04/2015);