« Matraquage médiatique » : des associations féministes dénoncent une « propagande » pro-GPA



La GPA (gestation pour autrui) a beau être interdite en France, les voix s’élèvent de plus en plus nombreuses, tentant de lui forger une image sympathique et normale, soit pour promouvoir une pratique « encadrée », soit pour reconnaître les enfants nés par GPA à l’étranger…

 

De nombreuses associations, qui défendent la non-marchandisation de la femme, dénoncent une véritable « propagande » : en octobre c’est l’animateur Marc-Olivier Fogiel, qui a bénéficié d’un véritable « matraquage médiatique » pour la sortie de son livre racontant la GPA de ses deux filles aux USA. Au même moment, « un encadrement juste et efficace de la GPA en France » était réclamé par un rapport du think-tank Génération libre et au mois de janvier c’est le livre de Valentina Mennesson, 18 ans, fille d’un couple emblématique se battant pour la GPA depuis la naissance de ses jumelles d’une mère porteuse en Californie, qui a pris le devant de la scène. « Les témoignages émotionnels, sans réflexion sur la question des droits humains, se multiplient, alors que la GPA est tout de même interdite en France » déplore Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne (CoRP). Avec 21 associations féministes de différents pays, ce collectif a monté une coalition internationale pour l'abolition universelle de la gestation pour autrui.

 

Parmi les élus français, quelques-uns se déclarent opposés à la GPA, comme Agnès Buzyn, hostile à une « marchandisation du corps humain », ou Marlène Sciappa, qui serait « bien trop attachée à la notion de maternité, à ce qu'implique de porter un enfant et d'en accoucher » pour soutenir la GPA. Mais selon Caroline Mécary, avocate spécialisée dans la GPA et les droits familiaux des homosexuels, c’est juste parce que l’opinion française n’est pas prête : « Dans dix ou quinze ans, on aura peut-être une perception différente de la GPA » estime-t-elle. D’autres élus s’affichent sans complexe en faveur d’une « GPA éthique », comme Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, « favorable à titre personnel », ou Aurélien Taché, partisan d'une GPA « à titre gratuit » et encadrée.

 

L’expression « GPA éthique » s’entend de plus, un oxymore qui fait bondir les opposants à la GPA, l’accusant de « stratégie marketing bien rodée ». Ana-Luana Stoicea-Deram  explique pourquoi : « Ces artifices de langage sont utilisés pour rendre la GPA plus acceptable dans l'opinion publique. On sait très bien que les femmes qui acceptent de porter un enfant pour quelqu'un d'autre et de s'en séparer le font parce qu'elles ont besoin d'argent. Il ne faut pas oublier que des agences de GPA, des avocats, des médecins s'enrichissent de ce business qu'ils présentent comme altruiste », dénonce-t-elle. « La stratégie consiste aujourd'hui à mettre en avant une GPA prétendument éthique pour faire rempart contre les dérives. C'est très hypocrite. Il s'agit simplement de faire en sorte que l'idée du commerce de la maternité et de la vente d'enfants fasse son chemin, se normalise », ajoute un juriste du CoRP. Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif Pour Tous, abonde en ce sens : « Aucune personne humaine ne peut être ni louée, ni achetée, ni donnée. Même si la mère porteuse n'est pas payée, qu'elle est prétendument volontaire, il s'agit toujours d'instrumentalisation du corps de la femme. Un enfant ne peut pas faire l'objet d'un contrat. Quelles que soient les conditions de la GPA, cela revient à la définition même de l'esclavage ».

 

Selon leurs derniers rapports, publiés avant la révision de la loi de bioéthique, Conseil d’Etat et CCNE (Comité Consultatif National d’éthique) affichent encore une position refusant la notion de GPA éthique.