Les trafics d'organes ne cesseront pas sans l'aide des médecins



Ces dernières semaines un joueur de foot espagnol a remis sous les projecteurs la question complexe du trafic d’organes. Accusé d’avoir acheté illégalement un foie en 2012, il semblerait au-dessus de tout soupçon mais pose la question d’un marché noir d’organes humains.

 

L’achat, la vente et la marchandisation d’organes humains « est reconnu comme un crime grave dans la grande majorité des pays, à l'exception notable de l'Iran ». Communément appelé « tourisme de transplantation », il s’agit d’un phénomène peu fréquent en Europe. Des patients, pour court-circuiter les listes d’attente trop longues de leur pays, vont chercher des greffes plus rapides à l’étranger où des personnes sont retenues de force et opérées sans leur consentement.  Les réseaux sociaux ont considérablement augmenté l’ampleur du phénomène car il est très aisé de poster des petites annonces, de trouver acheteur ou vendeur à l’autre bout de la planète.

 

Illégal dans la majorité des pays du monde, l’achat d’organes « est souvent associé à la coercition et à l'exploitation de ceux qui vivent dans la pauvreté ». La Déclaration d'Istanbul, approuvée par les organisations de transplantation du monde entier, stipule pourtant clairement que le trafic d’organes et le tourisme de transplantation « violent les principes d'équité, de justice et de respect de la dignité humaine et devraient être interdits ».

 

On estime qu’entre 5 et 10 % des transplantations mondiales seraient issues du marché noir, un chiffre difficile à vérifier. Par exemple, en 16 ans, 400 patients britanniques ont reçu une greffe à l’étranger, mais certaines étaient peut être parfaitement légales. Au Royaume-Uni, même les récompenses en nature sont explicitement illégales. « Mais encore une fois, il est difficile de prouver quoi que ce soit: si un destinataire reconnaissant achète une nouvelle voiture à son donneur quelques mois après une greffe, qui peut tracer la ligne entre le paiement différé et la générosité honnête ? ».

 

Ce sont les médecins, qui, quand ils voient des patients nécessiter des soins post greffe, pourraient avoir des soupçons et alerter les autorités, mais dans l’état actuel des choses ils se sentent tenus par le secret professionnel et gardent leurs soupçons pour eux, éliminant la meilleure piste d’accès à « ce trouble monde souterrain ». « Le commerce illégal d’organes est complexe et insaisissable, et il le restera tant que les cas ne seront pas remontés par les médecins 


Sources: 

The Conversation, Greg Moorlock (24/07/2018)