« Les humains ‘diminués’ sont les premières victimes du transhumanisme »



Interviewé pour le magasine Causeur, Jean-Marie Le Méné, président de la fondation Jérôme Lejeune[1], s’inquiète de « la systématisation du diagnostic [prénatal de la trisomie 21] quasi imposé à toutes les femmes enceintes, quel que soit leur âge ». Sans être opposé « en soi » au diagnostic anténatal, il constate qu’en France, « 97% des enfants trisomiques diagnostiqués sont éliminés par l’avortement, et leur nombre à la naissance a été divisé par quatre ». Des chiffres qui interpellent alors qu’un nouveau test « beaucoup plus efficace », le dépistage prénatal non invasif, sera sous peu remboursé dans notre pays (cf. Dépistage prénatal de la trisomie 21 : la HAS juge rentable les nouveaux tests et valide leur remboursement dans la précipitation) . Avec cette nouvelle méthode « certes assez peu différente sur le plan moral » de l’amniocentèse, il est cependant possible de « détecter (et donc éliminer !) plus tôt l’enfant détecté », et ainsi de renforcer l’eugénisme en place. Une perspective inquiétante, d’autant que ce dépistage concernera bientôt d’autres maladies et prédispositions : « les humains diminués sont les premières victimes du transhumanisme », déplore Jean-Marie Le Méné.

 

Ce transhumanisme qui « suppose un refus de la Nature » explique-t-il. Il a « commencé avec la procréation médicalement assistée, qui passe par le tri des embryons et le fait de décréter qu’untel a le droit de vivre aux dépens d’un autre ». Cette forme d’eugénisme passe également par l’interruption médicale de grossesse « qui vise des populations ciblées », suite au diagnostic prénatal d’anomalies.

 

A l’inverse de cette idéologie transhumaniste, les avancées dans le domaine des sciences du cerveau pourraient profiter aux personnes atteintes de trisomie 21, et leur « rendre ce dont la Nature les a privés en raison de ce désordre accidentel (…) et non les augmenter ». « Quand la nature condamne, le rôle de la médecine n’est pas d’exécuter la sentence mais d’essayer de ‘commuer la peine’, selon l’expression de Jérôme Lejeune » rappelle Jean-Marie Le Méné.

 

Ainsi, la fondation Jérôme Lejeune développe la recherche « notamment sur le plan cognitif pour essayer d’améliorer les aptitudes intellectuelles des personnes trisomiques » : « bientôt, on pourra prélever des cellules d’enfants trisomiques, les transformer en cellules souches, retirer le chromosome 21 et les faire se reproduire sans l’anomalie responsable du handicap. Pour l’instant cette opération s’effectue in vitro, mais à l’avenir il sera sans doute possible de greffer ces cellules saines dans certaines parties du cerveau ». Le président de la fondation Jérôme Lejeune conclut : « Rien ne serait plus désespérant que de renoncer à la recherche sur une maladie au prétexte qu’on aurait bientôt éliminé tous les malades ».   

 

Pour aller plus loin : Détection prénatale de la trisomie 21: urgence, oui mais laquelle ?

 

[1] Il a publié Les Premières victimes du transhumanisme. La ruée vers l’or des mongols, aux Editions Pierre Guillaume de Roux, 2016 (cf. Transhumanisme et eugénisme : L’humanité en question ?).


Sources: 

Causeur, Daoud Boughezala, Gil Mihaely (13 juin 2017)