Les évêques de France font part de leur "opposition éthique" à l'euthanasie


Dans une déclaration commune publiée ce jeudi, les 118 évêques ont affirmé « leur "opposition éthique" à un changement de la loi sur la fin de vie et à la légalisation d'une assistance médicale au suicide et de l'euthanasie ». Ils invoquent « l’urgence de la fraternité ! » et insistent sur la nécessité des soins palliatifs qui « ne sont pas suffisamment développés » soulignant que « les possibilités de soulagement de la souffrance sous toutes ses formes ne sont pas assez connues ».

 

Ils affirment leur « opposition éthique » au projet d’une nouvelle loi pour « au moins six raisons » :

  • La mise en œuvre inachevée de la loi Claeys Leonetti : « changer la loi manifesterait un manque de respect non seulement pour le travail législatif déjà accompli, mais aussi pour la patiente et progressive implication des soignants. Leur urgence, c'est qu'on leur laisse du temps».
  • L’inscription préjudiciable « au cœur de nos société de la transgression de l’impératif civilisateur : « tu ne tueras pas ». Un signal dramatique pour tous, « et en particulier pour les personnes en grande fragilité, souvent tiraillées par cette question: ‘Ne suis-je pas un poids pour mes proches et pour la société?’ ». Un « geste fratricide » qui s’inscrirait « dans notre conscience collective  comme une question refoulée et sans réponse : ‘Qu'as-tu fait de ton frère ?’ ».
  • Un geste qui, confié au personnel soignant romprait « le ‘pacte de confiance’ qui unit soignés et soignants ». Ils rappellent que « tuer, même en prétendant invoquer la compassion, n’est en aucun cas un soin. Il est urgent de sauvegarder la vocation de la médecine ».
  • Les auteurs s’interrogent sur le devenir des personnes en situation de vulnérabilité. La détresse : « oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société ».
  • Les évêques rappellent que nos choix personnels, comme « le choix souverain du malade, son désir de maîtriser son destin » invoqué par les tenants de l’aide au suicide et de l’euthanasie, ont, qu’on le veuille ou non, ont une dimension collective. Ils rappellent que « si certains font le choix désespéré du suicide, la société a avant tout le devoir de prévenir ce geste traumatisant ».
  • Enfin, ils considèrent que réponde à une telle demande nécessiterait des « institutions spécialisées dans la mort » ou bien conduiraient à imposer aux soignants « une culpabilité angoissante » qui « pèserait gravement sur la relation de soin ».

Ils invitent « à un sursaut de conscience pour que s’édifie toujours plus en France une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres ». (…) « La fraternité relève d’une décision et d’une urgence politiques que nous appelons de nos vœux ».