Les conséquences psychiques de l’avortement mises en lumière


Le 13 septembre 2013, le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCEfh) remettait un rapport à la ministre N.Vallaud-Belkacem, préconisant la création d’outils institutionnels (site internet « en faveur du droit à l’avortement »1campagne nationale d’information sur le « droit à l’avortement »…). Ces éléments marquent une volonté politique d’ériger l’avortement comme un droit et de le banaliser. Et pourtant on entend de plus en plus parler des conséquences de cet acte sur la femme. Ainsi, en juillet 2013 C.V.Bellieni2 a publié une synthèse d’études3 qui démontrent, au regard de la littérature scientifique internationale, que l’avortement a des conséquences psychiques sur la santé de la femme. Interview avec C.V.Bellieni.

 

G : Votre publication fait apparaître que vous avez évalué le risque de corrélation entre l’avortement et des désordres mentaux ultérieurs, afin de donner une information complète aux femmes qui hésitent à avorter. Qu’en avez-vous retiré ?

 

CVB : C’est un travail qui a soigneusement analysé toutes les études publiées sur ce risque de corrélation, entre 1995 et 2011, soit 36. Nous en avons exclu six pour des problèmes de méthodologie. Sur les 19 qui comparent avortement et naissance (les autres comparent l’avortement avec les fausses couches ou la naissance d’un enfant non désiré), 13 montrent de pires conséquences avec l’avortement (dépression, troubles de l’anxiété, toxicomanie, ou encore perte de l’estime de soi), 5 des conséquences similaires et seulement une montrerait des conséquences meilleures après un avortement.

Après avoir analysé toutes ces publications, nous pouvons conclure que l’avortement peut être considéré comme un facteur de risque psychique pour la femme plus significatif que la naissance d’un enfant. Il est quand même difficile de penser, à partir des données de la littérature, qu’il soit plus favorable pour la santé psychique d’avorter que de faire naître ou que de faire le deuil d’une fausse couche. Il sera intéressant de pousser les recherches plus loin dans ce domaine pour prouver les conséquences psychiques de l’avortement qui ressortent déjà au regard de la littérature scientifique.

 

G : Vous soulignez que la perte d’un enfant avant la naissance est traumatisante, qu’il s’agisse d’une fausse couche ou d’un avortement. Pourtant il y a bien une différence entre décider d’éliminer son enfant et de subir sa perte non voulue. Pouvez-vous nous éclairer ?

 

CVB : A partir des données, le deuil est à faire dans les deux cas, mais certaines études disent qu’il est plus lourd en cas d’avortement. Les conséquences à long terme semblent surtout intéresser l’avortement, tandis que la fausse couche aurait des conséquences graves mais transitoires. Les données semblent souligner que dans les deux cas les femmes vivent cela comme une perte. Mais dans le cas de l’avortement, il semble culturellement et socialement prohibé aux femmes d’élaborer un deuil sur une mort. Dans le cas de la fausse couche la prohibition est "familiale", car l’entourage de la femme tend à la minimiser. L’analogie entre les deux douleurs est intéressante : une douleur mentale, si grave et si similaire, est-elle due à la conscience de la perte d’un enfant, ou d’un "projet" ? Les chercheurs ont aussi souligné les différences entre naissance d’enfant non-programmé et avortement, pour vérifier si ce dernier était une "option favorable" pour la mère, mais les données semblent le démentir.

 

G : Vous rappelez que l’avortement est un problème de santé publique. Pourtant, la société française, par exemple, ne le prend pas en considération. Comment expliquez-vous une telle négation qui porte préjudice aux femmes ? Pour vous que faudrait-il leur proposer ?

 

CVB : Il ne s’agit pas seulement de l’avortement, c’est la grossesse même qui est encore un tabou ; on peut en parler seulement quand on sait qu’il n’y aura pas de problème ; la possibilité de penser à des risques est simplement prohibée : le fils doit être parfait, la dépression post partum ou le deuil après une perte fœtale sont ignorés, comme après l’avortement. La prématurité est banalisée. Une écologie de la reproduction, une écologie de la grossesse, au contraire, considérerait cela, et pallierait les conséquences psychologiques de l’avortement.     

Nos conclusions ne sont pas isolées : une autre étude faite par un groupe de Nouvelle Zélande4 montre des résultats pareils aux nôtres ; et une récente étude de l’Université de la Floride (2013), sur les avortements des étudiantes, montre le haut risque de stress post-traumatique ; et pourtant, les conséquences psychologiques de l’avortement comparées aux naissances sont ignorées par les médias. 
Ce silence est étonnant et la responsabilité des politiques de la grossesse est grande. Il faut choisir entre accompagner chaque grossesse ou laisser les personnes décider toutes seules ; accompagner signifie certes éviter le paternalisme, mais aussi proposer un chemin. Il faut que, même dans les pays où l’avortement est permis, soient prévues des aides économiques, des alternatives (adoption néonatale), un parcours prénatal qui ne donne pas seulement un diagnostic, mais aussi des connaissances et possibilités thérapeutiques et sociales et enfin une aide pour la souffrance des mères "manquées"5.

 

1. Mis en ligne le samedi 28 septembre 2013 ;  

2. Carlo V. Bellieni est néonataolgiste et docteur en médecine. Il est un des dirigeants de l’unité de soin intensif néonatale de l’Université de Sienne en Italie. Il est aussi secrétaire de la commission bioéthique de la société pédiatrique italienne ;  
3. "Avortement et conséquences sur la santé mentale : regard sur la littérature" co-écrite avec Giuseppe Buonocorre, docteur en médecine et en philosophie et publiée en juillet 2013 dans la Revue japonaise Psychiatry and clinical Neurosciences ;            
4. (Aust N Z J Psychiatry, Septembre 2013) ;   
5. Femme qui n’ont pas pu être mère du fait d’un avortement : ndlr ;