Les cellules souches expansées, une avancée ?


Ces derniers mois, deux publications font état d’une découverte dans le domaine des cellules souches : la possibilité d’extraire et de conserver dans un état indifférencié des cellules souches embryonnaires totipotentes, alors que celles utilisées actuellement en recherche sont pluripotentes. La première étude, menée par des chercheurs américains et chinois de l’Institut Salk (cf. Des cellules souches totipotentes à portée de main des chercheurs ?), comme la seconde financée par le Wellcome Trust Sanger Institute de Cambridge (cf. Cellules souches : des scientifiques annoncent une découverte majeure) a été menée sur des cellules souches embryonnaires de souris. Jacques Suaudeau commente ces résultats pour Gènéthique.

 

Gènéthique : Comment définir ce nouveau type de cellules souches ?

Jacques Suaudeau : Les cellules souches embryonnaires murines « ordinaires » peuvent donner toutes les cellules de l'organisme, y compris les cellules germinales, mais elles ne peuvent pas se différencier en cellules des tissus extra embryonnaires car elles sont déjà « engagées » (primed) vers la différenciation. Les cellules souches embryonnaires humaines de type « engagées », non « naïves » actuellement utilisées en recherche ont pour leur part des capacités génératives inférieures à celles de souris.

 

En bloquant des voies de signalisation qui interviennent dans la différenciation des cellules souches embryonnaires (MAPK, SrC et Wnt/Hippo), les auteurs sont parvenus à empêcher toute différenciation des cellules souches embryonnaires de souris tirées d'embryons très précoces. Pour cela, ils ont mis au point un milieu de culture contenant les inhibiteurs des voies de signalisation énoncées ci-dessus, dans lequel ils ont fait passer cinq fois les cellules. Ainsi traitées, elles peuvent alors se différencier en tous types de cellules de l'organisme, y compris les cellules des tissus extra-embryonnaires (membranes, placenta). Elles sont donc en termes de potentiel véritablement « totipotentes », alors que les cellules souches embryonnaires de souris « ordinaires » ne sont que « pluripotentes ».

 

G : Quelle est la portée de cette découverte ?

JS : Il s'agit incontestablement d'une avancée, mais encore à ses tous premiers stades, sans qu'on sache si ces cellules auront réellement plus d'intérêt que des cellules souches embryonnaires « ordinaires » ou des cellules souches pluripotentes induites. Il faudrait aussi voir si ce modèle peut être appliqué aux cellules souches embryonnaires humaines. Il est trop tôt pour se prononcer avec certitude, mais de telles cellules souches « expansées » devraient être beaucoup plus efficaces - et, par exemple, permettre d'obtenir des gamètes. Il s'agit d'un beau résultat, mais aux conséquences encore très théoriques.

 

G : Ces cellules souches expansées apportent-elles un nouveau risque éthique ?

JS : Sur le plan éthique, cette avancée technique ne change rien pour le moment. Le risque à long terme est qu'elle incite à davantage de recherche clinique avec les cellules souches embryonnaires humaines, et qu'elle facilite l'obtention de gamètes à partir de cellules pluripotentes (cellules souches embryonnaires humaines ou iPS) devenues totipotentes.