L’embryon sur le divan, psychopathologie de la conception humaine


 « L’embryon sur le divan, psychopathologie de la conception humaine » explique, à travers l’histoire de la connaissance de l’embryon de l’Antiquité à nos jours, comment nous sommes parvenus à la « révolution conceptionnelle » de la fin du XXème siècle et apporte une contribution irremplaçable à la réflexion sur l’embryon.

 

Benoît Bayle, psychiatre spécialisé en psychiatrie périnatale, montre que la période périnatale est la première phase du développement psychologique de l’être humain. « L’embryon humain possède, dès sa conception, une identité conceptionnelle qui s’épanouit dans l’ensemble des registres humains, tant biologique que psychosocioculturel ». On peut donc déjà penser à soigner l’embryon.

 

La "révolution conceptionnelle"

 

La révolution contraceptive et procréatique est une révolution conceptionnelle qui concerne l’ensemble de la société et non seulement un petit groupe d’enfants conçus artificiellement. La condition de venue au monde de chaque enfant s’en trouve modifiée.

 

La mise au point de la contraception, suivie peu après par l’essor des pratiques médicales d’interruption de grossesse ont marqué le début de la révolution conceptionnelle. L’assistance médicale à la procréation se situe dans le prolongement de ces deux premières étapes. Ces pratiques, dont la nature paraît si différente, représentent autant d’interventions sur les gamètes humains et sur l’embryon et l’intervention sur la conception humaine à ces trois niveaux entraîne la procréation en masse d’embryons humains qui meurent pour la plupart d’entre eux.

 

Les procréations artificielles font entrer dans une logique de surproduction et de tri embryonnaire (phase de production expérimentale des embryons avant d’envisager leur transfert in utero, conception d’une multitude d’embryons humains pour un nombre restreint d’enfants nés).

 

L'accueil de l'enfant

 

Quel intérêt le psychiatre a-t-il à mettre en évidence cette logique réifiante de surproduction, de sélection et de destruction embryonnaire qui constitue l’une des caractéristiques de la révolution conceptionnelle ?

 

Benoît Bayle étudie l’accueil de l’enfant sur cette nouvelle scène conceptionnelle marquée par la contraception et l’IVG. L’enfant n’y est pas un enfant désiré pour lui même ; il représente avant tout un enfant qui se doit d’être conforme au désir de ceux qui lui ont donné la vie. S’il est resté en vie, s’il a été choisi, n’est-ce pas le signe qu’il a plus de valeur que les autres, que ceux qui n’ont pas survécu ? L’enfant, soumis à la toute puissance du désir d’autrui est un enfant tout puissant, auquel il peut être difficile de fixer des limites ; «  on a « tué » par amour pour lui , l’expression peut choquer, mais l’inconscient est capable de tels raccourcis. » L’auteur analyse ensuite le syndrome du survivant conceptionnel (à la suite de réduction embryonnaire, entre autres), l’introduction d’un  tiers dans la procréation médicalement assistée et le secret sur l’origine, le cas des faux et vrais jumeaux asynchrones (selon qu’ils sont issus de la congélation embryonnaire ou du clonage) et le bouleversement plus ou moins grand de l’ordre des générations.

 

Une identité psychique dès la période anténatale.

 

Dans le cadre de la procréation naturelle, les conditions de la conception peuvent aussi influencer le développement psychologique : enfant de remplacement (conçu pour remplacer un enfant mort), conception après traumatisme sexuel (viol ou inceste.. ), enfant de mère schizophrène, déni de grossesse, « survivant conceptionnel », conçu après une série d’avortements provoqués… 

 

Dans le développement psychologique de l’embryon, l’auteur souligne l’importance de la nidification psychique de l’être humain conçu  (parallèlement à sa nidation biologique) et de la création chez la mère d’un espace mental destiné au nouvel être conçu. Cet espace maternel de différenciation et d’identification psychique de l’être conçu joue un rôle essentiel pour son développement psychologique. L’être humain  possède, dès la période anténatale, une identité psychique ; il reçoit d’autrui un ensemble de déterminations psycho-socio-culturelles  qui vont s’exprimer ou non au cours de son devenir. L’être conçu rentre déjà en relation avec ceux qui le conçoivent et avec la société, au cœur même de son être.

 

Quel rôle joue le psychiatre ?

 

L’hérédité en œuvre dans la transmission psychique conceptionnelle n’est pas une hérédité de type génétique, comme dans le développement biologique, mais une hérédité de type épigénétique ; l’expression d’une détermination psychosocioculturelle dépend en effet des relations de l’être conçu avec l’environnement psychoaffectif et c’est ici qu’intervient le psychiatre. En refusant un déterminisme absolu, la clinique psychopathologique de la conception  humaine cherche à dépister et traiter plus précocement les difficultés susceptibles d’altérer le développement psychique de l’être conçu. 

 

Conclusion

 

Les nombreuses études cliniques présentées dans cet ouvrage semblent  démontrer que le développement psychologique commence dès la conception et l’auteur conclut que l’intervention biomédicale sur la conception doit davantage en tenir compte, se soucier de l’histoire de l’être humain conçu et agir dans le respect de cette histoire. Aujourd’hui, la logique de surproduction, de sélection et de destruction embryonnaire concerne la société entière et la nouvelle façon de concevoir les enfants. Quelles en seront les conséquences sur les générations à venir, cette logique contribue-t-elle à altérer l’identité même des êtres conçus ?

 

 

Ref. L’embryon sur le divan, psychopathologie de la conception humaine, préface de Claude Huriet, ed. Masson, coll. Médecine et psychothérapie, avril 2003.