Le gene-drive financé par l’armée américaine et soutenu par la fondation Gates



Alors que le groupe de travail du protocole de Carthagène est réuni à Montréal dans le cadre de la Convention de l’ONU sur la biodiversité, des documents ont été rendus publics qui montrent « que l’armée étasunienne finance fortement des recherches sur le forçage génétique[1] et que la Fondation Bill et Melinda Gates finance les lobbys dans les différentes agences internationales pour faciliter l’usage de cette technique hautement controversée ».

 

La réunion de ce groupe travail se tient du 5 au 8 décembre et le « forçage génétique » est au cœur de ses préoccupations. Cette technique, rendue possible grâce à l’outil CRISPR, « consiste à modifier l’ADN d’êtres vivants », notamment pour « éliminer des espèces invasives décimant la vie sauvage dans les îles » ou encore pour « venir à bout des moustiques porteurs du paludisme ». Elle divise car, outre ces objectifs louables, le « risque de chaos écologique » est important. En outre, ses détracteurs « soupçonnent les arguments sanitaires de masquer des objectifs industriels et militaires ».

 

De fait, le « gene-drive » a de « puissants soutiens, notamment l’armée américaine via son Agence pour les projets de recherche de la défense (DARPA) ». Celle-ci a d’ores et déjà débloqué cent millions de dollars pour financer la recherche dans ce domaine. L’un des projets soutenus « consiste à modifier génétiquement des rongeurs pour supprimer ces animaux devenus fortement invasifs dans certaines îles comme en Australie ». Une autre subvention a été accordée « à une équipe de chercheurs britanniques qui travaillent sur des moustiques destinés à être disséminés en Afrique ». Le DARPA estime pour sa part qu’il lui appartient « d’effectuer ces recherches et de développer des technologies qui protègent contre les abus accidentels ou intentionnels ». Il rejoint ainsi la CIA qui a classé en 2015 l’édition des gènes dans liste des menaces posées par « des armes de destruction massive et leur prolifération ».

 

Parallèlement, la Fondation Bill et Melinda Gates «  a soutenu des actions de lobby dans différentes instances des Nations Unies à hauteur de 1,6 million de dollars ». Ces actions ont été initiées alors que « depuis 2016, à la demande de nombreuses ONG, de scientifiques et de responsables politiques la possibilité d’imposer un moratoire sur le forçage génétique a été mis à l’ordre du jour au sein de la Convention sur la biodiversité ». La Fondation Gates a payé cet été la société Emerging Act « pour mobiliser des chercheurs contre ce projet de moratoire ».

A l’issue de la réunion à Montréal, « un rapport doit être produit à destination des 195 Etats de la Convention ».  

 

Pour aller plus loin :


Sources: 

UP magazine, Charles-Elie Guzman (5/12/2017); Inf'OGM, Christophe Noisette (4/12/2017); AFP (6/12/2017)