A l’Assemblée nationale, les représentants de l’industrie procréatique enfoncent le clou


En fin d’après-midi ce mardi la commission spéciale bioéthique de l’Assemblée nationale auditionnait les professionnels de l’AMP. Représentants de sociétés savantes ou de syndicats de médecins, ils ont été nombreux à prendre la parole. D’une certaine façon, ces professionnels ont fait du lobbying à ciel ouvert en exprimant chacun à leur tour et de façon concertée, leurs revendications.

 

Ainsi, pendant plus d’une heure et demie, les représentants de l’industrie procréatique ont demandé aux députés d’aller plus loin dans le projet de loi qui étend la PMA aux femmes célibataires ou homosexuelles notamment en : 

  • autorisant l’auto conservation ovocytaire à toutes les femmes qui le demande : « on a tous le droit de faire de la FIV, de l’ICSI ... », explique le docteur Joëlle Belaisch Allard, présidente de la société française de gynécologie. « Ceux qui disent que cela pourrait faire naître une pression des employeurs sur la femme est faux. La plupart des femmes qui la demande, c’est parce qu’elles n’ont pas trouvé leur partenaire à temps ». Laquelle poursuit son argumentaire en invoquant le fait que l’autoconservation ovocytaire permettrait de diminuer la pénurie de don d’ovocytes dès lors qu’il existera un stock d’ovocytes qui ne seront sûrement pas tous utilisés. Un argumentaire qui n’est pas contredit et omet les problèmes éthiques et médicaux qu’engendre ce genre de pratique : création d’enfant à la demande, difficulté à procréer naturellement une fois le prélèvement ovocytaire effectué, etc. 
  • prévoyant que l’auto-conservation ovocytaire et les dons de gamètes soient possibles dans les centres d’AMP privés et publics, alors que le projet de loi n’envisage ces pratiques que dans les établissements publics, dénonce le docteur Geraldine Porcu-Buisson, membre du conseil d’administration de la SMR[1], qui voit tout un pan d’activité de l’AMP lui échapper et ses recettes s’effondrer. 
  • rétribuant le don de gamètes. Israël Nisand, Président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, explique : « Le 100% altruisme, ça ne marche pas. [...] En France, on a un veau d’or, ce sont l’anonymat et la gratuité. L’anonymat, on ne peut plus le promettre au donneur et la gratuité, ça ne marche pas ». Il explique que si l’on ne propose pas d’indemnité aux donneurs pour leurs gamètes, l’extension aux femmes seules ou homosexuelles ne serait que de la « gesticulation politique sans application concrète ». Il prend l’exemple de la Belgique qui indemnise les dons d’ovocyte entre 500 et 1000 Euros. 
  • ouvrant le régime de recherches biomédicales en AMP à l’analyse de l’embryon pour rechercher les aneuploïdies (anomalies du nombre de chromosomes, comme la trisomie 21 par exemple). François Viallard, secrétaire de la SMR, expose son souhait de rechercher sur les embryons porteurs d’aneuploïdies qui sont « voués à l’échec d’une grossesse ». Dans les grossesses naturelles, on compte 1 fausse couche sur 5, dont 60% sont des grossesses aneuploïdies. Pour lui, les fausses couches à répétition dans le cadre de FIV ou l’échec de l’implantation sont dues aux aneuploïdies. Aussi, il souhaite pouvoir faire des recherches sur les embryons sans les implanter. Francois Viallard milite enfin pour élargir les indications médicales du DPI à toutes les FIV pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’embryons aneuploïdes implantés et ainsi diminuer le nombre de fausses couches et d’échecs d’implantation. Il alerte en revanche sur l’importance de ne pas rechercher l’X ou l’Y, pour éviter le tri à raison du sexe. L’eugénisme à raison du sexe reste donc proscrit au nom de l’éthique, tandis que l’eugénisme chromosomique est consenti et ne pose aucune question. 

Enfin, dans son intervention, le professeur Bertrand de Rochambeau, du Syndicat national des Gynécologues et Obstétriciens de France, a notamment salué le maintien de la clause de conscience spécifique à l’IMG. « Dans un service public, il est plus difficile de se rétracter sur les actes à poser [...], il est donc important que les professionnels aient une liberté de conscience expressément prévue par la loi ». En réaction, Israel Nisand a souligné la nécessité pour les chefs de service, de s’organiser dans les services où des avortements sont pratiqués pour n’embaucher que des professionnels qui ne soient pas objecteur de conscience.

 

A l’issue de cette audition aux revendications exposées de façon consensuelle et concertée, il est difficile de ne pas percevoir la « médecine reproductive » comme le rouleau compresseur qui s’étend sans discussion, sans débat, sans questionnement, faisant la promotion d’un désir d’enfant « sain » à satisfaire qui que soient les demandeurs. Impossible alors de ne pas penser au professeur Jacques Testart qui montre très bien dans son livre « Faire les enfants demain », que la FIV sera la technique commune de procréation des années à venir.



[1] Société de la Médecine de la Reproduction.