La proposition de loi Claeys-Leonetti autorise-t-elle une euthanasie dissimulée ?



Le débat sur la fin de vie commence aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Ce matin, la proposition de loi Massonneau[1] en faveur de la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté sera examinée en commission des affaires sociales (Cf. Synthèse Gènéthique du 11 décembre 2014). Et cet après-midi, en séance publique, aura lieu le débat sur les propositions Claeys-Leonetti.

 

Le philosophe Damien La Guay, dans une tribune du Figaro, met en garde contre le risque d'une "euthanasie dissimulée". Il part du constat qu'il existe un "consensus" sur le sujet de la fin de vie autour de trois idées : renforcement des soins palliatifs, refus de l'euthanasie, et amélioration de la loi Leonetti de 2005. Sur ce dernier point, beaucoup s'accordent à dire que la loi de 2005 est "peu connue", ainsi que l'a rappelé Patrick Bouet[2], président du Conseil national de l'Ordre des médecins, évoquant à ce sujet une "faute collective". Damien Le Guay identifie deux risques qui planent sur les débats qui s'ouvrent. Le premier est celui du "désir puissant d'un coup d'éclat" qui pourrait surgir de la gauche de la gauche, c'est-à-dire des "fondeurs rose-rouge, [d]es déçus du hollandisme, [d]es grincheux de tous poils et [d]es amis de l'ADMD". Le deuxième, "plus pernicieux" est celui d'une "euthanasie qui ne dirait pas son nom", avec la légalisation de la sédation profonde et continue jusqu'à la mort.

 

Cette inquiétude de voir le débat tourner autour d'une euthanasie dissimulée est partagée. D'abord par des parlementaires, qui viennent de signer une tribune dans le FigaroVox. Ces 23 élus[3] sont préoccupés de voir le texte en débat "s'aventure[r] sur la pente glissante d'un droit à mourir". Ils font la même analyse que Damien Le Guay sur la sédation terminale : "l'ériger en droit et en solution ultime, faisant fi de la complexité de chaque cas, prend le risque de la transformer en une euthanasie qui ne dit pas son nom".

 

Aujourd'hui aura lieu la mobilisation lancée par "Soulager mais pas tuer", dénonçant, eux aussi, la "menace d'une euthanasie masquée".

 

[1] La proposition de loi EELV sera débattue le 29 janvier dans l'Hémicycle.

[2] Lors d'une table ronde parlementaire sur "l'apaisement de la douleur" (AFP)

[3] Liste des 23 députés signataires:                                       

Bruno Nestor Azerot, député de la Martinique

Véronique Besse, députée de la Vendée

Jérôme Bignon, sénateur de la Somme

Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône

Xavier Breton, député de l'Ain

Philippe Cochet, député du Rhône

Marie Christine Dalloz, députée du Jura

François de Mazieres, député des Yvelines

Louis-Jean de Nicolaÿ, sénateur de la Sarthe

Jean-Pierre Decool, député du Nord

Nicolas Dhuicq, député de l'Aube

Valérie Duby-Muller, députée de Haute Savoie

Jean-Christophe Fromantin, député des Hauts de Seine

Philippe Gosselin, député de la Manche

Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin

Marc Le Fur, député des Côtes-d'Armor

Gilles Lurton, député de l'Ille-et-Vilaine

Hervé Mariton, député de la Drôme

Yannick Moreau, député de la Vendée

Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines

Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin

Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée

Jacques Lamblin, député de la Meurthe-et-Moselle

 


Sources: 

Le Figaro (Agnès Leclair, Damien Le Guay) 21/01/2015 -  La Parisienne 20/01/2015 - FigaroVox 21/01/2015