La préparation prémortem d'un donneur d'organes ne doit pas occulter les questions éthiques sur la dignité de la mort du patient



Il y a encore quelques années, les interventions médicales de fin de vie étaient centrées sur le meilleur intérêt du patient. Aujourd’hui, la demande croissante d’organes en vue d’une transplantation a rendu nécessaire une augmentation du nombre de donneurs. Parallèlement, depuis près de 10 ans, les donneurs par prélèvement sur coeur arrêté ont augmenté le nombre d’organes potentiellement propices à une « transplantation de qualité ».

 

Un article publié dans le Journal of Medical Ethics[1] évoque les « conditions optimales » de la préparation d’un mourant donneur d’organes en vue du prélèvement auprès d’enfants en fin de vie. Pour maximiser le transfert et la qualité de l’organe, les auteurs indiquent que le patient doit mourir dans un périmètre proche ou dans les locaux même de chirurgie où sera effectué le prélèvement postmortem. Enfin, des interventions thérapeutiques visant à améliorer la qualité des organes pour la transplantation sont prévues alors que le patient donneur est toujours en vie : ajout de ventilation artificielle, sédation et l’administration d’antalgiques ou encore administration d’agents immunomodulateurs et anticoagulants…  Des conditions similaires à celles utilisées dans les cas de fin de vie d’adultes, exception faite du consentement des parents nécessaire en de telles circonstances.

 

Bon nombre d’interventions ont lieu avant la mort du patient, et peuvent gêner la famille et le patient lui-même.

 

Les auteurs de l’article, Brierley and Shaw, considèrent « que ces procédures sont difficiles à justifier mais que l’équilibre entre le mal causé au patient et le bénéfice du receveur signifie que ces interventions devraient être considérées comme  tolérables d’un point de vue éthique ». Une attitude dénoncée par le Bioethics Observatory qui estime que Brierley and Shaw omettent de prendre en compte dans leur analyse le fait que les enfants anencéphaliques sont des êtres humains vivants et que le diagnostic d’anencéphalie n’est pas nécessairement associé à un stade de fin de vie, mais à une survie prolongée. « Les auteurs adoptent une attitude de tolérance envers ces interventions prémortem et décrivent correctement les plus grandes considérations éthiques qui devraient être examinées dans ces cas. Cependant, cette attitude positive est faiblement discutée et manque d’arguments éthiques centrés sur la dignité de la personne mourante, en se concentrant essentiellement sur leur position favorable à l’égard de ces types d’interventions ».

 

 

Pour aller plus loin :

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[1] Brierley J, Shaw D. Premortem interventions in dying children to optimize organ donation: an ethical analysis. Journal of Medical Ethics. 2016;42(7):424-8. Epub 2016/04/01

 


Sources: 

Bioethics Observatory (27/07/2017)