La pollution de l’air pourrait altérer la fertilité féminine



Une étude de l’Inserm menée par Rémy Slama[1] et publiée dans la revue Environmental Pollution a montré un lien entre la concentration de particules fines dans l’air et la durée de la phase précédant l’ovulation (phase folliculaire du cycle), « cette dernière tendant à augmenter avec les niveaux de pollution ». Plus précisément, « la durée de la phase folliculaire avait augmenté en moyenne de 0,7 jour pour chaque augmentation moyenne de 10 microgrammes par mètre cube de concentration de dioxyde d'azote le mois précédant le cycle et de 1,6 jour pour chaque augmentation similaire de PM10[2] ». Par contre, « aucune variation nette de la durée de la phase lutéale[3] ou de la durée totale du cycle n’a été constatée ». Pour le chercheur, « ces résultats sont cohérents avec les données plus fondamentales suggérant que la pollution atmosphérique peut perturber l'axe[4] qui contrôle le cycle menstruel, et les hormones de stress comme le cortisol, qui peuvent l'influencer ».

 

L’étude se fonde sur les « dosages hormonaux réalisés dans les urines de 184 femmes » n’utilisant pas de contraception hormonale « durant un cycle menstruel complet, et mis en relation avec les niveaux de pollution auxquels ces femmes étaient exposées durant les 30 jours précédant ce cycle ».

 

Les « effets toxiques » de plusieurs composants contenus dans la pollution atmosphérique « ont déjà été démontrés ». Ainsi, « une fraction de ces polluants inhalés peut en effet atteindre, au-delà des poumons, la circulation sanguine, le cœur, le cerveau et les organes reproducteurs ». En ce qui concerne la « fonction de reproduction », « c’est principalement un effet sur la croissance du fœtus et le risque de prééclampsie qui sont probables ». Cependant,  jusqu’à présent « très peu d’études ont examiné l’impact de la pollution sur l’activité ovarienne et les différentes phases du cycle menstruel ». « Or, les perturbations du cycle menstruel sont liées à la capacité d'un couple à concevoir. »

 

Pour Rémy Slama, ces résultats devront être confirmés ou infirmés « sur de plus grands échantillons de population ».

 

Pour aller plus loin :

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[1] Institut pour l’avancée des biosciences (Inserm/CNRS/Université Grenoble Alpes).

[2] Particules fines de de moins de 10 micromètres.

[3] Phase située après l’ovulation.

[4] axe hypothalamo-hypophysaire-ovarien, « chaîne de transmission d’informations hormonales entre l’hypothalamus dans le cerveau, l’hypophyse (la glande située sous l’hypothalamus) et les ovaires, lui-même influencé par d’autres chaînes de régulation hormonales ».


Sources: 

Inserm (16/12/2019) – Sciences et Avenir, Camille Gaubert (16/12/2019)