La Comece se penche sur les soins palliatifs dans l’Union Européenne


Le groupe de travail sur l’éthique dans la recherche et la médecine de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece)[1] a rendu le 21 février un avis concernant les soins palliatifs dans l’Union Européenne. Ce domaine pose d’« énormes défis aux professionnels de santé, aux malades et à leurs familles, aux responsables politiques ».  Il faut faire face à « des obstacles majeurs » de notre société : d’une part « l’esquive de la mort »[2], et d’autre part « la présentation de l’euthanasie comme la solution digne et courageuse », qui « déroute nos contemporains, défigure et entrave la prise en charge palliative et, plus largement, la médecine, la société ».

 

Il y a urgence  à développer les soins palliatifs pour « répondre aux besoins croissants de sociétés vieillissantes ». Si beaucoup a déjà été fait, « beaucoup reste à faire » constate la Comece.

 

L’avis s’attache à préciser entre autre ce qui doit être entendu par « le recours aux médications sédatives » et plaide en faveur du maintien de l’hydratation et de l’alimentation « médicalement assistée ».

 

Le recours aux médications sédatives

Après un bref historique des soins palliatifs dans lequel elle constate les progrès réalisés dans l’usage des « médications qui permettent de diminuer l’inquiétude ou l’angoisse », la Commission met aussi en garde contre un recours systématique à ces thérapeutiques, qui serait alors « une fuite pour éviter la relation avec les malades inquiets ou angoissés ».

 

La Comece reprend la définition donnée par la SFAP de la sédation[3] . Elle souligne que « la sédation diminue la conscience que le patient a de lui-même et de son environnement, ainsi que les capacités d’expression » et précise qu’ « il ne faudrait pas priver [le patient] de cette conscience de soi sans vrai nécessité ». Il importe « de n’y recourir que pour des raisons graves, dans les cas de souffrance réfractaire aux autres traitements et très difficile à supporter par le patient, en choisissant la profondeur et la durée adéquates, en fonction des sources et de la nature de la souffrance. Le recours à la sédation hors de ces situations serait injustifié, mettrait indument obstacle à la relation entre le malade et ses proches, pourrait conduire au désintérêt des professionnels de santé pour des malades aux capacités de communication réduites, et en conséquence à des prescriptions excessives de médications sédatives abrégeant la vie et s’apparentant à une ‘euthanasie lente’ ».

 

Deux cas pourraient légitimer une « sédation profonde et continue » : les situations d’hémorragie cataclysmique ou de détresse respiratoire asphyxique,  afin d’« éviter au malade de garder conscience de ce qui suscite chez lui un véritable effroi ». Les dernières études citées « tendent à conclure à l’absence de survenue anticipée de la mort en cas de sédation menée selon les bonnes pratiques professionnelles ». (cf. La sédation, une aide pour accompagner fin de vie ou un instrument pour y mettre un terme ? )

 

Enfin, elle bannit l’expression « sédation terminale » qui est « source d’une grande ambigüité »,et qui peut désigner des « actes d’euthanasie ».

 

L’hydratation et l’alimentation « médicalement assistées »

L’hydratation et l’alimentation « médicalement assistées » qui utilisent pour l’apport d’eau et de nutriments une voie artificielle, « ont fait, à ce propos, l’objet de très nombreux débats ». Leur qualification de « traitement médical », est souvent invoquée pour mettre cette forme d’alimentation sur le même plan que les « traitements » et « s’en abstenir dès que les traitements médicaux auront été arrêtés ».

 

La Comece adopte sur cette question un discours clair : « alimenter un être humain devenu dépendant est un signe d’attention, de reconnaissance de son appartenance à la communauté humaine et de sa dignité, un signe d’attachement de la part de la famille. Même lorsque tout traitement à visée curative a été arrêté, il y a donc lieu de nourrir ce patient et de lui donner à boire, par voie orale, tant que cela est possible, qu’il peut assimiler ce qui lui est proposé, que cela ne lui fait pas courir de risque disproportionné et qu’il ne s’y oppose pas. La difficulté de déglutir ou le risque de fausse routes n’exonèrent pas de ce devoir d’assistance, tant que le malade garde des capacités d’assimilation, que l’apport d’eau et d’aliments peut être réalisé par des moyens simples ne se révèle pas trop pénible ou contraignant pour le patient, et n’entraine pas de risque important ».

 

Cette contribution de la Comece « s’inscrit dans le débat actuellement en cours au niveau européen, dans les institutions de l’UE tout comme dans la société civile ». Un débat public sur les soins palliatifs à travers toute l’Europe est possible, affirme-t-elle.

 

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[1] La Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) rassemble des délégués des conférences épiscopales des 28 membres de l’Union européenne pour accompagner la politique de l’UE dans chaque domaine d’intérêt pour l’Eglise. Elle est basée à Bruxelles et présidées par le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich.

[2] Nous avons perdu l’expérience de la proximité avec la mort, ce qui a contribué à renforcer l’angoisse éprouvée à cette perspective. « Bien plus, une perception subtile s’est introduite chez de nombreux médecins, comme si la mort était un échec de la médecine plutôt que la fin naturelle de la vie ».

[3]La sédation est la recherche par des moyens médicamenteux d’une diminution de la vigilance pouvant aller jusqu’à la perte de conscience. Son but est de diminuer ou de faire disparaitre la perception d’une situation vécue comme insupportable par le patient alors que tous les moyens disponibles et adaptés à cette situation ont pu lui être proposés et/ou mis en œuvre, sans permettre d’obtenir le soulagement escompté