« La banalisation de la modification génétique de l’embryon est en marche »



Jean-François Bouvet, docteur ès-sciences et auteur de Bébés à la carte, publie une tribune dans le Point dans laquelle il s’indigne de la « banalisation de la modification génétique de l’embryon ». La première expérience de ce type, rendue publique en 2015 par une équipe chinoise[1], avait suscité « indignation ou enthousiasme », en tant qu’ « intrusion sans précédent, avant la naissance, dans le patrimoine génétique de l’espèce humaine ». Mais les mises en garde formulées alors par des scientifiques américains sont demeurées « sans grand effet pour l’instant ». Et les « expérimentations génétiques sur l’embryon, ou sur l’œuf dont il est issu, se sont succédées à un rythme soutenu en Chine[2], en Suède[3], aux Etats-Unis[4] et au Royaume-Uni[5] ». L’une des dernières en date, celle du Francis Crick Institute de Londres en septembre dernier[5], n’a provoqué que « quelques lignes ici ou là ». Pour Jean-François Bouvet, l’éthique est « dépassée par la multiplication des expériences sur l’embryon » et « ne se fait plus entendre ».

 

Outre la multiplication des expériences, leur objectif évolue : dans les premiers cas, il s’agissait de « corriger un gène défectueux ». Mais dans l’étude du Francis Crick Institute, il était question d’ « inactiver un gène précis de l’embryon (…) pour mieux cerner son implication dans l’embryogenèse » : « Après avoir inventé la FIV il y a une quarantaine d’années, on ‘bricole’ génétiquement des embryons obtenus par cette technique en vue d’optimiser les étapes suivantes », résume Jean-François Bouvet. Ou encore, des « embryons clonés », comme dans la dernière étude chinoise publiée elle aussi en septembre[6].

 

Face à ces expériences tout autour du globe, le questionnement éthique peine à suivre, constate Jean-François Bouvet. Et en France, « la révolution procréatique qui se dessine s’inscrit essentiellement dans le champ sociétal ».

 

[1] Chine : Des manipulations génétiques d'embryons humains avérées

[2] Des chercheurs chinois franchissent de nouveau la ligne rouge et modifient génétiquement des embryons humains

[3] Modification génétique d’embryons humains : début des travaux en Suède

[4] Embryons génétiquement modifiés : les détails de l’étude américaine publiés

[5] Royaume-Uni : des embryons humains génétiquement modifiés

[6] Des embryons humains clonés subissent une « chirurgie de l’ADN »


Sources: 

Le Point, Jean-François Bouvet (14/11/2017)