"J'arrête la pilule" : Une remise en cause de la contraception hormonale


Dans son livre « J’arrête la pilule »[1], Sabrina Debuscat, journaliste indépendante et spécialiste des sujets de santé, publie une étude fouillée, argumentée sur le contraceptif le plus utilisé en France.

 

Aujourd’hui en effet, « 41% des françaises de 15 à 49 ans » prennent la pilule. Un geste présenté comme une libération pour la femme, la panacée de tous ses problèmes médicaux et la seule véritable solution contre les grossesses multiples ou l’IVG. C’est sans compter sur le désintérêt croissant des femmes, dissuadées par les effets secondaires: dépression, migraines, baisse de la libido[2], pour ce modèle de contraception. Dans une enquête rigoureuse qui fourmille de références scientifiques, elle dénonce une idéologie sociétale qui refuse de voir le potentiel scandale sanitaire que pourrait représenter la pilule.

 

Sabrina Debuscat évoque en premier lieu le « paradoxe français ». Si la France se targue d’avoir mis en place la meilleure couverture contraceptive d’Europe, elle affiche, avec 14 IVG pour 1000 femmes, le taux d’avortement européen le plus élevé (cf. La contraception réduit le nombre d'avortements ? Réponse d'experts). Elle détaille ensuite le fonctionnement de ce perturbateur endocrinien : « Prendre des hormones de synthèse, c’est ingérer, par des circuits inhabituels, des molécules étrangères dans le but de dompter une fonction naturelle précise. Or, comme toucher une seule fonction hormonale sans en perturber de nombreuses autres n’est pas possible, cet acte n’est jamais anodin ».

 

Elle raconte l’histoire ahurissante du développement de la pilule, soutenu par des eugénistes bien plus intéressés à maîtriser des populations pauvres qu’à promouvoir la santé des femmes puisqu’ « à aucun moment il n’a été question de leur bien-être » (cf. La loi Neuwirth au tribunal de l’histoire ). Elle souligne que, « contrairement à une idée reçue, les Françaises et les Français n’ont pas "découvert" la contraception dans les années récentes. […] La pratique de la contraception a commencé de se répandre à travers l’ensemble de la population au cours de la seconde moitié du XVIIIème siècle. On constate la même chose aux Etats Unis : les américaines passent de près de 7 enfants par femme en 1800 à 2,2 en 1930 puis 3,7 en 1957 ». Suivre l’évolution des motivations de Margaret Sanger et de Gregory Pincus montre à quel point l’histoire de la pilule a été réécrite. Et la journaliste dénonce la puissance du mensonge qui, tant du point de vue des effets secondaires mentionnés très tôt par les femmes que de celui des justifications avancées en vue de l’autorisation de mise sur le marché, a durablement empêché une remise en question objective de ce contraceptif.

 

Pour appuyer sa démonstration, l’auteur n’a pas lésiné. Elle a lancé un sondage auprès de 3616 femmes de 13 à plus de 50 ans, qui un jour ont déclaré « j’arrête la pilule », dont elle détaille les résultats.

 

L’auteur souligne les difficultés rencontrées par la recherche qui peine à établir les conséquences médicales de la prise de pilule : « Premièrement, les hormones ont de nombreux effets extrêmement difficiles à évaluer. Deuxièmement, nous ne jurons que par la science alors que les résultats qu’elle érige en certitudes intangibles peuvent parfois être soumis à des manipulations. Troisièmement, nos systèmes de santé effectuent très mal ce qu’on appelle la pharmacovigilance, c’est-à-dire le fait de rapporter précisément les effets secondaires des médicaments. » Et elle s’interroge : « Alors que nous ne connaissons pas le fonctionnement précis ou les effets à long terme, nous l’avons prescrite à une immense population de patientes saines », et c’est là la remise en question majeure de cet ouvrage. D’autant que les effets négatifs pendant la prise de la pilule, peuvent persister longtemps après son arrêt, et provoquer potentiellement nombre de maladies.

 

La journaliste évoque aussi la difficulté des femmes à se réapproprier leur corps, et à se libérer d’une lourde chape sociétale : « Se retrouver subitement à contre-courant des dogmes contraceptifs peut effectivement être très pénible. Il y a ce médecin qui vous dit que ‘tout cela est dans votre tête’, votre compagnon qui freine des quatre fers […] ou les copines qui vous mettent en garde : "Tu vas tomber enceinte à coup sûr !" ».

 

En alternatives, bien que Sabrina Debusquat évoque toutes les méthodes possibles, y compris la stérilisation, elle invite les femmes à choisir la méthode la plus douce pour leur santé et développe en grande partie les méthodes naturelles de gestion de la fertilité. « J’ai été surprise de rencontrer de très jeunes femmes de dix-sept ou dix-neuf ans qui refusent catégoriquement de prendre des hormones ou de placer des corps étrangers dans leur utérus. [...] Elles incarnent l’avenir du féminisme et auraient bien des leçons à donner à leurs aînées. En effet, pour elles, rien de plus naturel que de se respecter, sans concessions. » Les méthodes naturelles laissent « la femme sur le seuil de la fécondité, la porte grande ouverte, avec le choix de la franchir ou non ». La journaliste estime que si celles-ci « connaissent une deuxième jeunesse, c’est parce que toute une génération post-pilule y trouve des avantages supérieurs à la contraception pharmaceutique hormonale. Une voie de liberté, de respect de soi et des autres ».

 

[1] Publié le 13 septembre 2017 aux Editions Les Liens qui Libèrent.

[2] Sur le site internet éponyme jarretelapilule.fr, la journaliste récence les témoignages innombrables de femmes gênées par leur prise du contraceptif hormonal. « Je ne reprendrai plus jamais la pilule ni d’hormones sous quelle forme que ce soit. A 42 ans, j’ai l’impression de découvrir ma vraie sexualité, et qu’on m’en a privé pendant 20 ans. » ; « Lors de périodes de célibat sans pilule, je me suis rendu compte que je retrouvais un enthousiasme et une énergie que je n’avais pas avant. Je mettais ça sur le compte de ma liberté retrouvée post-rupture. J’ai mis du temps à comprendre que c’était la pilule qui modifiait mes humeurs, ce qui s’est confirmé quand je l’ai arrêtée définitivement pour la dernière fois (alors que j’étais encore en couple). »