Iran : la vente légale de rein, une "exploitation des plus démunis"



En Iran, seul pays au monde à être engagé sur cette voie, une loi permet de vendre légalement son rein. Depuis 1993, « 30 000 greffes de rein » ont été réalisées par les médecins iraniens. Une « aubaine » pour un pays où « jusqu’à récemment, peu d’organes étaient prélevés sur personnes décédées ». Cependant, derrière chaque donneur « se cache un malheur individuel – chômage, dette ou encore urgence familiale - dans un pays touché par la misère économique ».

 

Les autorités iraniennes affirment que « leur système permet aux pauvres de gagner de l’argent tout en sauvant des vies » et que ce système permet de réduire « les délais d’attente ». La Fondation du rein d’Iran organise les transplantations et centralise le paiement des 4600 dollars que doit verser le receveur d’organe au donneur. Le gouvernement finance la chirurgie et la Fondation, ou un groupe de charité, contribue aux coûts additionnels. L’état iranien a déclaré « qu’autant qu’ils sachent, personne ne vend son rein de manière privée », mais qu’il est difficile d’empêcher le donneur de demander plus d’argent au receveur, parallèlement au système. « Si la personne paie, ce n’est pas une mauvaise chose tant que c’est volontaire ».

 

De fait, les vendeurs utilisent ce système pour demander de fortes sommes. Et compte tenu des délais d’attente, certaines personnes aisées ou étrangères sont prêtes à payer très cher. Des médecins iraniens ont été surpris réalisant des transplantations au bénéfice de saoudiens porteurs de papiers d’identité iraniens falsifiés qui profitaient du système national de greffe.

 

Pour le Président d’urologie et de transplantation rénale du Centre médical, Shahid Labbafinejad, « oui les gens font des dons parce qu’ils ont besoin d’argent, mais c’est une réalité chez tout le monde. Au lieu de faire quelque chose d’illégal pour couvrir leurs dettes, comme le vol ou la contrebande, ils sauvent une vie d’abord. Ce n’est pas de l’exploitation, le résultat est bon pour le bénéficiaire et le donateur ».

 

Un argumentaire qui ne satisfait pas « certains dirigeants internationaux de la transplantation ». En effet, l’interdiction de la vente des organes a pour but de « protéger les plus démunis », car « les donneurs ne sont pas mieux lotis à la fin », a déclaré Gabriel Danovitch, directeur du programme de transplantation rénale de l’UCLA[1]. « C’est un acte de désespoir, pas un acte d’amour. » Un avis partagé par l’OMS[2] qui considère qu’on exploite les vendeurs d’organes et que les médecins sont conduits à « entreprendre des procédures risquées ». Une conférence au Vatican sur le trafic d’organe (cf. Présence exceptionnelle de la Chine au Vatican pour un colloque sur le don d’organe) a appelé à reconnaître « les paiements aux donneurs d’organes comme des crimes qui devraient être condamnés dans le monde entier et poursuivis légalement au niveau national et international ».

 

Selon le Los Angeles Times, ces ventes sont « le marqueur » d’un « dysfonctionnement social et économique » de la situation iranienne : « des années de corruption endémique, de mauvaise gestion et de sanctions internationales étouffantes ». Malgré la mise en place d’un système légal, les rumeurs d’un « marché noir du rein » persistent.

 

Pour aller plus loin :

Lutte contre le trafic d’organes et le tourisme de transplantation : des propositions concrètes

Les transplantations rénales à partir de donneurs vivants en augmentation

 

[1] Université de Californie à Los Angeles.

[2] Organisation mondiale de la santé.


Sources: 

Los Angeles Times, Shashank Bengali et Ramin Mostaghim (15/10/217)