Intelligence Artificielle en médecine : la régulation au coeur des débats



Si, à l’occasion des  Etats Généraux de la Bioéthique qui s’achèvent, les revendications sont nombreuses en matière de PMA et d’euthanasie, les questions touchant à l’entrée de l’Intelligence Artificielle (IA) dans le monde médical ne sont pas sans importance ; elles posent « des questions en matière de sécurité, de respect de la vie privée et de protection de la dignité humaine », reconnaît le CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique), car « les robots, dans un premier temps simples opérateurs, s’affranchissent peu à peu du lien qui les relie aux soignants ».

 

Quelle place reste-t-il à l’humain ? Le soignant se déshumanise peu à peu : « l’agence américaine du médicament a autorisé pour la première fois une intelligence artificielle à poser un diagnostic sans être supervisée par un médecin ». Mais il y a aussi les ordonnances automatisées, ou la question de la responsabilité en cas d’erreur médicale. Et le droit du patient d’être soigné par un humain ? Le médecin est tenu de « respecter l’autonomie et la dignité de [son] patient », (serment d’Hippocrate), alors que deviendront l’empathie et la chaleur humaine si la machine a froidement calculé que le soin est inutile ou pas assez rentable ? Un jour viendra où « seule une machine sera habilitée à réaliser le soin en cause pour des questions d’assurances et de responsabilités ».

 

Les avancées de l’IA sont propulsées par les « moyens quasi illimités » des GAFAM américains (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), des BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) et des laboratoires pharmaceutiques mondiaux « tous dotés de comités d’éthique et de lobbyistes prêts à certifier de la pureté de leurs intentions et du bien-fondé de leur démarche ». L’enjeu principal de ces prochaines années sera donc la régulation, en dépit des revendications des adeptes de la liberté à tout va qui craignent qu’en gardant la main sur les avancées médicales, le pays ne prenne du retard.

 

Le Parlement Européen lui-même a pris conscience de la nécessité de cette régulation. Dans sa résolution du 17 février 2017, sur les « règles de droit civil sur la robotique »[1], il demande à la Commission, aux États membres et à la communauté internationale « de se doter d’outils juridiques puissants et adaptés aux révolutions en cours, car de simples lois ou directives ne permettront pas de réguler un changement global de nos sociétés » ? Il est urgent que les politiques se saisissent de cette question. Les Etats Généraux de la Bioéthique permettont-ils cette prise de conscience, pour « fixer, au besoin imposer, les règles éthiques qui distinguent l’acceptable de l’inacceptable pour que nous restions humains » ?

 

Pour aller plus loin :

Statut juridique des robots : des experts alertent la Commission européenne

Intelligence artificielle et santé : « Qui est responsable à la fin du diagnostic ? »

Cinq clés de régulation pour construire un cadre éthique à l’IA

Des chercheurs alertent sur les questions éthiques liées à l'utilisation de l'intelligence artificielle en médecine

L’Intelligence artificielle, nouvelle révolution industrielle ou apocalypse ?

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[1] « Règles de droit civil sur la robotique » : http://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20170210IPR61808/robots-les-deputes-veulent-des-regles-europeennes-en-matiere-de-responsabilite

 


Sources: 

Causeur, Cyrille Dalmont (23/04/2018)