Ils répondent à la tribune des 156 députés : "L’euthanasie est une demande de bien-portants"



La tribune du Monde signée des 156 députés qui appellent à légiférer sans délai en faveur de l’euthanasie suscite de nombreuses réactions, comme celle de Bernard Devalois, responsable d’un centre de recherche sur la fin de vie pour qui une nouvelle loi serait inutile : « Les députés ont au moins raison sur un point: on continue à mal mourir en France et on ne changera pas ça avec la loi ».  Il estime que les moyens de soulager la souffrance existent « mais nos collègues professionnels de santé souvent ne sont pas assez formés ». Il dénonce par ailleurs « une forme d’hypocrisie » : « On nous dit qu'il faut développer les soins palliatifs mais dans mon service, on vient de supprimer trois postes d'aides-soignants. Ce n'est pas comme ça qu'on va améliorer la fin de vie ».

 

Interrogé par Sud Radio, Henri Guaino considère que cette tribune est « une des manifestations de plus des doutes qui travaillent notre civilisation. Là, on touche au cœur de ce que nous sommes, c’est-à-dire notre rapport à la mort et donc à la vie. La mort, c’est ce qui définit la condition humaine et la façon dont on la regarde, dont on la considère, est essentielle nous amène à la façon dont on considère la vie ». Il ajoute : « Dans notre civilisation, nous ne donnons aucun prix à la vie ». Pour lui, la loi s’immisce « dans des domaines où elle n’a rien à faire et où elle ne peut rien résoudre ». L’ancien conseiller de Nicolas Sarkosy estime qu’« à partir du moment où on a commencé, avec la première loi Leonetti, puis une deuxième loi, on sent bien qu’on s’est engagé dans un engrenage législatif et réglementaire qui n’en finira jamais sauf le jour où on aura, finalement, autorisé l’euthanasie. Mais autoriser l’euthanasie, c’est, qu’on le veuille ou non, donner légalement un permis de tuer ».

 

Enfin, dans les milieux des soins palliatifs, on s’interroge : « La pratique éthique n’est pas, comme le sous-entend le député Touraine, d’encadrer l’euthanasie, mais au contraire d’accompagner et de soulager les patients en fin de vie », explique Marie-Dominique Trébuchet, vice-présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap).

 

En vingt ans, le docteur Claire Fourcade, responsable du pôle de soins palliatifs de la polyclinique Le Languedoc, à Narbonne a accompagné près de 10 000 patients en fin de vie. Elle n’a été confrontée qu’à deux demandes d’euthanasie qui ont toutes deux été abandonnées : « Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’euthanasie est une demande de bien-portants. Sur le terrain, les patients concernés ne la demandent pas ». Elle craint que ce projet n’ait l’effet inverse de celui escompté : « « Nos patients sont vulnérables et ils ont besoin qu’on les accompagne. Autoriser l’euthanasie reviendrait à dire à tous ceux qui espèrent que leur espoir est déraisonnable ».


Sources: 

La Croix, Loup besmond de Senneville et Mikael Corre (01/03/2018) ; BFMTV (01/03/2018) ; Sud Radio (01/03/2018)