« Il faudra toujours des personnes pour prendre soin des autres »



Dans une interview pour le journal La Croix, le professeur Alain Leon, anesthésiste et réanimateur, directeur de l’Espace de réflexion éthique Grand Est, propose son analyse de l’impact de l’épidémie sur le « jour d’après ». Témoin que « les soignants, quelles que soient les situations qu’ils traversent, continuent de se questionner, y compris lorsque les drames se répètent sans arrêt, à longueur de journée », il considère que « les questions éthiques révélées pendant cette crise ne disparaîtront pas avec le temps ».

 

Les questions éthiques qui lui sont soumises aujourd’hui « concernent majoritairement la prise en charge des personnes les plus vulnérables, comme les personnes âgées ou handicapées ». Des patients handicapés « s’inquiètent de la saturation du système hospitalier, et craignent de ne pas bénéficier d’une prise en charge optimale », témoigne-t-il. Face à l’urgence, « il faut accepter de prendre un peu de temps de réflexion, pour savoir quoi faire » estime le professeur, mais il reconnaît que « le nombre de patients comme l’accélération du temps empêchent de mettre en place une collégialité de la réflexion ».

 

« Cette crise agit comme un révélateur des interrogations qui se posaient déjà, peut-être avec moins de force, comme de celles qui surgiront à l’avenir », affirme le professeur. Un exemple : « l’accès aux soins des personnes handicapées qui est très loin d’être satisfaisant en France en temps normal » selon lui. Et « nous devrons aussi accompagner les équipes soignantes plongées dans un état post-traumatique ».

 

Et quand l’épidémie de Covid-19 appartiendra au passé, « nous devrons nous souvenir combien cette crise a rappelé l’importance du lien entre les personnes, notamment entre soignants et patients ». « Alors que l’on parle beaucoup d’intelligence artificielle et de soumission des décisions à des algorithmes, c’est la relation humaine qui apparaît essentielle. Il faudra toujours des personnes pour prendre soin des autres ».


Sources: 

La Croix, « Les questions éthiques révélées pendant cette crise ne disparaîtront pas avec le temps », Propos recueillis par Loup Besmond de Senneville (02/04/2020)