« Hippocrate aux enfers » sur France 2 : une réflexion audacieuse sur l’éthique s’impose


Présenté mardi soir sur France 2, « Hippocrate aux enfers » évoque les dérives des recherches médicales conduites par le IIIe Reich de 1933 à 1945. Ces recherches étaient effectuées dans les camps sur des déportés vivants. A partir de documents d’archives, notamment celles du procès des médecins qui s’est tenu à Nuremberg, de témoignages de rescapés, d’interventions d’experts, le documentaire suit les expériences déshumanisées et déshumanisantes menées par plusieurs médecins nazis.

 

Indépendamment de l’aspect technique et des choix de mise en scène, l’émission soulève de nombreuses questions éthiques. Comment ces médecins ont pu trouver dans le corps médical suffisamment de complicités pour mener à bien leurs expériences ? Comment l’obscurcissement de la conscience, qui a conduit de la torture à la mort de nombreux prisonniers, victimes de ces essais, a-t-il pu toucher tant de praticiens ? La plupart des médecins nazis n’ont pas été inquiétés après-guerre et certains ont été intégrés aux équipes médicales américaines ou russes : quel impact sur la façon d’envisager la recherche médicale jusqu’à aujourd’hui ? Le soin ? La fin de vie ?

 

Dans un tel contexte, le serment d’Hippocrate que les médecins prononcent à la fin de leurs études, probablement rédigé au 4e siècle avant JC, a servi de base éthique à des générations de praticiens. Il est désormais régulièrement remanié[1], mais sur quelle base ? Avec quelle volonté ? Est-ce déjà une tentative d’adapter l’éthique aux pratiques médicales, plutôt que de limiter les pratiques à un cadre éthique ? Doit-il s’adapter aux avancées de la recherche ? Avec quel bénéfice pour les patients sachant que les expériences menées par les nazis n’ont pas eu d’impact positif sur la science ou la recherche. A quel moment le glissement de la pratique médicale fait-il perdre le sens de l’éthique qui doit pourtant préserver la dignité du regard posé sur le patient et guider la pratique de tout médecin ?

 

Alors que les Etats généraux de la bioéthique viennent de commencer avec en toile de fond la perspective d’une possible révision de la loi, ce documentaire permet d’interroger les « évidences médicales » d’aujourd’hui et invite à une réflexion audacieuse sur l’éthique.

 

[1] Encore l’année dernière en octobre à Chicago, cf. Le nouveau Serment d'Hippocrate met la valeur de la vie humaine en balance.