Greffer des cœurs arrêtés : un essai en cours au Royaume-Uni



Une procédure « inédite » pour transplanter des cœurs arrêtés et les « rétablir » avec de l'énergie permettrait de réaliser chaque année 42% de greffes cardiaques de plus au Royaume Uni. L’opération réduirait ainsi de près de moitié la liste des patients en attente d’une greffe cardiaque.

 

L’intervention consiste à prélever des cœurs sur des patients décédés à cœur arrêté, et non plus sur des patients décédés en état de mort encéphalique. Un essai est en cours dans trois hôpitaux au Royaume-Uni depuis 2015, et les médecins estiment que les résultats sont meilleurs qu’avec des prélèvements sur donneurs en état de mort cérébrale, chez qui le cœur bat encore. A l’hôpital Papworth de Cambridge, trente greffes de cœurs arrêtés ont été réalisées depuis 2015. Les médecins sont enthousiastes : « Auparavant, nous ne pouvions pas utiliser ces cœurs pour les transplantations puisqu’ils avaient cessé de battre, mais cette nouvelle procédure permet à l'organe de redémarrer à l'aide d'une ‘machine battante’, ce qui restaure l'approvisionnement en énergie pendant le trajet de l'hôpital donneur à l'hôpital receveur ». Trois autres hôpitaux devraient appliquer la procédure l’année prochaine. Seul pays d’Europe et deuxième pays au monde avec l’Australie à réaliser ces essais, le Royaume-Uni se félicite : « Le reste du monde est intéressé parce qu'ils ont vu nos résultats, et les patients qui ont survécu. Des médecins des Pays-Bas, de la France, de l'Espagne, du Canada et d'autres personnes sont venus voir comment faire et apprendre les techniques. Mais aucun d'entre eux ne l'a déployé pour l'instant ».

 

Note Gènéthique:

La pratique du prélèvement d'organes à cœur arrêté pose certains problèmes d'ordre éthique, dont les principaux sont la faible certitude de l'irréversibilité de l'arrêt cardiaque, et les risques de dérive des équipes médicales confrontées à une demande forte de greffes et à un faible nombre de donneurs.

Les donneurs décédés à cœur arrêté ont été classés en quatre catégories lors d’un Conférence internationale à Maastricht en 1995 :

  • les personnes qui font un arrêt cardiaque en dehors de tout contexte de prise en charge médicalisée et qui sont décédées à l'arrivée des secours qualifiés (stade I de Maastricht).
  • les personnes qui font un arrêt cardiaque en présence de secours qualifiés, aptes à réaliser un massage cardiaque et une ventilation mécanique efficaces, mais dont la réanimation ne permettra pas une récupération hémodynamique (stade II de Maastricht) ;
  • les personnes pour lesquelles une décision d’arrêt de soins thérapeutique ou de limitation thérapeutique est prise en raison du pronostic des pathologies et nécessitera une prise en charge en réanimation (stade III de Maastricht) ;
  • les personnes décédées en mort encéphalique qui font un arrêt cardiaque irréversible au cours de la prise en charge en réanimation (stade IV de Maastricht).

Sources: 

Independent, May Bulman (9/09/2017)