GPA : « le droit à l’enfant n’existe pas »



Pour la seconde fois, l’hôtel Hilton à Bruxelles accueillait ce weekend l’association Men Having Babies, venue « présenter aux couples de même sexe les possibilités de recourir à une ‘mère porteuse’ aux Etats-Unis » (cf. GPA : Une foire commerciale prévue à Bruxelles). Pour protester contre cette « bourse aux mères porteuses » et rappeler que le parlement européen s’est prononcé en faveur d’une interdiction complète de la GPA en décembre 2015, un collectif citoyen s’est rassemblé devant l’hôtel.

 

Pour Géraldine Mathieu, maître de conférences à l’Université de Namur et chargée de projets pour Défense des enfants International, il faut recentrer le débat de la GPA sur l’enfant. Men Having Babies affiche sa volonté d’« aider les hommes gays éprouvant un désir d’enfant » en « créant de toute pièce des enfants dans l’unique but de satisfaire ce désir ». Mais « aussi légitime et puissant que soit ce désir », Géraldine Mathieu rappelle « haut et fort » que « le droit à l’enfant n’existe pas. L’enfant est une personne, et à ce titre, il est hors commerce ».

 

Elle s’interroge sur l’encadrement par le droit de telles pratiques : « Le droit a-t-il encore une marge de manœuvre face à ces phénomènes qui, scientifiquement, économiquement, sociologiquement, semblent désormais le dépasser ? Est-ce aux faits de déterminer le droit ou au droit de déterminer les faits ? ». Elle « ne veut pas croire que le droit serait aujourd’hui réduit à un mode d’encadrement des volontés individuelles. Le droit a encore son mot à dire et il doit le dire ».

 

Il est certes bien plus facile de « plaider pour une ‘tolérance sous condition’ que pour l’interdiction » : « le désir supporte mal la frustration ». Mais « l’être humain, doué de conscience, sait pertinemment au fond de lui que certaines limites doivent être posées ». D’ailleurs, « quelles crédibilité aurons les futurs parents aux yeux de leurs enfants lorsqu’il s’agira, dans la tâche éducative qui leur revient, de poser des limites et de leur expliquer précisément que non, on ne peut pas tout faire, tout avoir, tout le temps… » ?

 

Pour Aymeric de Lamotte, conseiller communal belge, cette conférence à l’hôtel Hilton renvoie les belges au flou juridique de leur législation en matière de GPA : « tout ce qui n’est pas clairement interdit est de facto autorisé ». Et en effet, plusieurs hôpitaux pratiquent la GPA en Belgique. Pourtant, elle contrevient clairement à deux principes fondamentaux de l’arsenal juridique : la dignité de la personne et l’indisponibilité du corps humain. Aymeric de Lamotte plaide pour une interdiction internationale de la GPA, rappelant les termes de Sylviane Agacinski : « les aspirations meurtries ne se guérissent pas par tous les moyens ».


Sources: 

La libre, Géraldine Mathieu (23/09/2016); Belga (25/09/2016); Le Soir, Aymeric de Lamotte (23/09/2016)