GPA et trafic d'enfants : La maman de "bébé Gammy" raconte



« Goy », la maman de « bébé Gammy » (cf. Gènéthique des 24 novembre 2014, 1er décembre 2014, 20 janvier 2015, 19 mai 2015), enfant trisomique thaïlandais né par GPA (gestation pour autrui) dont les parents commanditaires n’ont pas voulu à la naissance, revient sur ce qu’elle a vécu.

 

« Un Thaïlandais proposait une rémunération de 300 000 à 500 000 baths [entre 7500 et 12 500 euros, ndlr] sans préciser la nature du travail, explique Goy. Comme nous avions beaucoup de dettes, j’ai répondu que j’étais intéressée ». Elle rencontre Antonio, le directeur de l’agence, qui lui propose d’être mère porteuse pour un couple d’australiens. La Thaïlande, qui bénéficie de très bonnes infrastructures médicales, est un eldorado pour la GPA. De leur côté, comme bon nombre de leurs compatriotes, Goy et son mari sont surendettés, des proies faciles. Aussi, ils acceptent « car seul l’argent comptait ».

 

Lorsque Goy apprend qu’elle attend des jumeaux et que l’un d’entre eux est porteur de trisomie 21 « l’agence [lui] a demandé d’avorter ». « Bien que je ne sois qu’une mère porteuse, je sentais cet enfant vivre en moi. Ma religion [le bouddhisme, ndlr] m’interdisait de tuer cet enfant ». Elle propose donc de garder l’enfant contre un supplément financier de 12 500 euros.

 

« A la naissance, je suis restée à l’hôpital un mois avec les enfants sous couveuse. Les commanditaires de la GPA sont venus me prendre ma petite Paipa et on laissé Gammy sans payer tout ce qu’ils me devaient ». L’agence ne répond plus non plus et Goy se tourne alors vers une association venant en aide aux enfants. En quelques jours, l’histoire de Gammy fait le tour des journaux mondiaux. Le gouvernement se voit obligé de modifier sa législation. Une loi est votée en février 2015 (cf. Gènéthique du 20 février 2015) et entre en application le 30 juillet 2015 (cf. Gènéthique du 10 août 2015). Elle condamne à un maximum de dix ans de prison et à une amende de 200 000 baths (près de 500 000 euros) toute personne qui tirerait profit de la GPA, tandis que la pratique de la GPA est limitée aux couples thaïlandais hétérosexuels et mariés depuis trois ans minimum.

 

Pour Goy cette loi « est une bonne chose ». « Cela évitera que des histoires comme celles de mon  fils ne se répètent ! Pourtant, je sais que l’agence qui m’a employée existe toujours. Même si c’est interdit, la police ne fait rien et Antonio continue ses affaires ». En effet, malgré ce recadrage législatif, la corruption qui gangrène n’a pas permis de faire évoluer la situation. La GPA pour des couples étrangers, le trafic d'enfants et de jeunes femmes, ne sont pas prêts de prendre fin…

 


Sources: 

Enfants du Mékong (25/09/2015)