Fin de vie : « Nous devons veiller à ne pas renforcer un idéal selon lequel seule une vie indépendante a un sens et de la valeur »



Alors que le Canada s’apprête à autoriser l’aide médicale à mourir (voir Canada : de l’aide médicale à mourir ou du suicide assisté ?), Jean Vanier et Hollee Card [1] ont adressé le 25 février un message à tous les Canadiens, ainsi qu’aux sénateurs et aux membres du Parlement.

 

Dans ce message, tout en admettant que le droit de mourir soit considéré par beaucoup comme une liberté personnelle moderne importante, ils invitent à « veiller à ne pas voiler ou oublier la dignité innée de ceux qui sont vulnérables, ni renforcer un idéal selon lequel seule une vie indépendante a un sens et de la valeur ».

 

Mettant en garde contre une « société qui donne plus de prix à l’indépendance qu’à l’interdépendance » et dans laquelle « nous avons peur de devenir un fardeau ou de perdre les capacités dont nous pensons qu’elles nous rendent valables ou aimés »,  les auteurs de cette lettre partagent leur expérience de l’Arche. Celle-ci leur a permis, en accompagnant « un grand nombre de personnes sur le chemin de la vie, pas seulement dans les moments où elles sont fortes et en santé, mais également dans les moments de fragilité et de faiblesse », d’apprendre que « ce sont les plus fragiles d’entre nous qui sont les plus proches de leur humanité, de leur souffrance, et de leur besoin d’être aimés ».

 

Selon eux, il est nécessaire de « garantir que les soins auxquels chacun de nous aura accès pendant toute sa vie, mais particulièrement au stade final de la vie, affirment à la fois notre dignité et notre humanité » si nous ne voulons pas diminuer « notre gamme d’expérience pour ne garder que notre indépendance ».

 

Ils appellent également à la vigilance sur ce que les psychologues appellent « l’incitation inconsciente » par laquelle « les personnes qui font face à une maladie en viennent à croire que l’accélération du processus de leur mort est un acte socialement généreux et responsable », et qui mène à « une trahison profonde et subversive du droit de quelqu’un à vivre sa vie jusqu’à sa fin naturelle ».

 

Enfin, ils rappellent que « rien n’est plus fondamental pour une société que son attitude à l’égard de la vie et de la mort », et soulignent le fait qu’en supprimant l’interdiction légale de l’aide médicale à mourir dans certaines circonstances exceptionnelles, le Canada « entre dans une nouvelle réalité médicale et éthique ».

 

[1] Respectivement fondateur de l’Arche, et responsable nationale de l’Arche Canada.

 


Sources: 

L'Arche Canada (25/02/2016)