Fin de vie : "Même aux dernières heures, les changements identitaires sont encore possibles pour la personne"



Plusieurs études concernant le « temps du mourir » commencent à voir le jour, notamment de la part de professionnels des soins palliatifs. Axelle van Lander, psychologue en soins palliatifs au CHU de Clermont-Ferrand, publie « Apports de la psychologie clinique aux soins palliatifs[1]». Elle explique : « Je voulais décrire pourquoi, et notamment chez ceux qui souhaitent maintenir jusqu’au bout les entretiens avec les psychologues, la fin de vie peut devenir, du point de vue identitaire, une opportunité ».

 

Ce sont 344 patients admis en soins palliatifs et 1120 entretiens menés par 26 psychologues qui ont constitué la base de ce livre, qui se présente comme une étude sur « la crise du mourir ». La psychologue a ainsi pu établir que « même aux dernières heures, les changements identitaires sont encore possibles pour la personne, ce qui signifie d’une certaine manière qu’elle peut être vivante jusqu’au bout » (cfRéinventer les soins palliatifs pour échapper aux « unités de soins sédatifs »).

 

Etayée par les rencontres avec les psychothérapeutes, cette étude mesure « combien cette crise du mourir, comme beaucoup de crises dans nos vies, est aussi une opportunité de se retrouver avec - et déployer - de nouvelles composantes de son identité », comme le décrit Axelle van Lander qui ajoute : « Jusqu’au bout, on a besoin de l’autre, d’avoir des interlocuteurs, pour être soi-même » (cfL’OMS appelle à respecter les personnes âgées).

 

Au Canada, au « Cancer Care » de l’université de Manitoba, l’équipe du professeur Harvey Max Chochinov a, dans un esprit proche de celui de la psychologue, mis au point un « protocole de thérapie des dernières heures », appelé « psychothérapie de la dignité ».

 

Cette psychothérapie consiste, pendant quelques séances, en une série de dialogues invitant la personne en fin de vie à parler de ce qui lui importe le plus. Pour y parvenir, le médecin pose des questions ouvertes au patient, comme : « Quels moments de votre existence sont encore très présents dans votre mémoire ? », ou encore : « Quelles sont vos plus grandes sources de fierté ?».

 

L’équipe du Pr Chochinov explique : « Chacun des thèmes abordés permet au patient de s’exprimer sur des sujets qui pourraient renforcer son sentiment d’identité individuelle et lui permettre de maintenir un sentiment d’utilité, de détermination et d’estime de soi, ce qui aura pour effet de soulager sa détresse et d’améliorer sa qualité de vie. » Ensuite, les conversations sont enregistrées, puis retranscrites, éventuellement corrigées par le patient, puis transmises à ses proches. De nombreux témoignages des patients, mais aussi de leurs proches, démontrent les bienfaits d’une telle approche (cf. "On présente l’euthanasie comme la seule bonne façon de mourir").

 

[1] Aux Éditions Érès.


Sources: 

Le Figaro (Pascale Senk) 26/11/2016