Film : « Diane a les épaules » ou la solitude d’une mère porteuse


« Bonjour madame la cigogne, on voudrait un enfant, est ce que vous voulez bien vous en occuper ? ». C’est ainsi que Fabrizio perçoit la GPA de Diane, sa compagne. Belle, dynamique et volontaire, Diane, incarnée avec succès par Clotilde Hesme pour son premier grand rôle, a accepté sans hésiter de porter et de faire naître un enfant pour ses amis homosexuels, Thomas et Jacques. Le ton est badin, enjoué. Le spectateur suit à grands traits les mois de la grossesse sans souci d’une femme sportive et en pleine santé, entourée de ses amis et de son récent compagnon. Pourtant derrière l’humour, le désarroi est palpable. Le film est focalisé sur Diane, ses épaules, mais surtout sa solitude.

 

Diane est seule à porter dans son corps une vie nouvelle. Celle qui pourrait partager l’expérience de la grossesse, sa mère, n’est pas concernée par un enfant dont elle ne sera pas la grand-mère. Diane est donc seule dans cette maison qu’elle rénove. Elle est seule face à son compagnon et ses amis. Fabrizio, rongé par la jalousie, n’a pas d’autre choix que d’accepter cette grossesse pour d’autres. La rancune à l’égard de ces deux hommes qui trouvent normal de laisser une femme souffrir pour eux les douleurs de la mise au monde d’un bébé, l’empoisonne. Chez Thomas et Jacques, l’amitié pour Diane, réelle, s’efface cependant devant l’enfant qu’ils attendent dans son corps. Leur sollicitude révèle à maintes reprises que Diane est désormais avant tout la porteuse de « leur » enfant. Son corps est à leur disposition et Thomas, en colère, lui reprochera d’avoir trouvé un compagnon.

 

La solitude de la gestatrice culmine au moment de l’accouchement : Jacques et Thomas n’ont pas pu être prévenus et sont absents, Fabrizio n’a pas sa place au moment de la naissance. Et une fois l’enfant « livré », Diane retrouve sa vie d’avant. Pas tout à fait. Elle n’arrive pas à habiter le vide laissé par l’enfant qu’elle a porté neuf mois, perdue sans son compagnon qui l’a laissée, blessé par sa mise à l’écart finale, décalée dans les soirées de ses amis, et mal à l’aise chez les pères de sa fille.

 

Mal servi par des dialogues plats et un scénario sans originalité, le film a le mérite de mettre en évidence une partie des souffrances qui accompagnent toute GPA et souligne l’incapacité finale de Diane quand une amie l’interroge devant la photo de sa fille : « Qui est-ce ? ».

 

Pour autant, l’angle du film reste complaisant pour cette pratique « éthique », parce que réalisée entre amis, par une femme indépendante et qui n’est poussée par aucune contrainte financière ou sociale. La confrontation entre la mère et la fille, pour douloureuse qu’elle soit, laisse supposer que l’enfant est mieux avec ses commanditaires, plus raisonnables et prêts à l’accueillir : si elle, Diane, avait été raisonnable, l’enfant n’aurait pas existé. A l’« émouvant » tableau final, il manque pourtant, entre autres, un point de vue essentiel : celui du bébé. Comment la petite Hannah vivra-t-elle la séparation et l’abandon de sa mère organisés dès la naissance ?