En état végétatif depuis 15 ans, il retrouve un état de conscience minimale



Un homme de 35 ans, plongé dans un état d’ « éveil non répondant »[1] depuis 15 ans, a retrouvé des signes de conscience grâce à la stimulation électrique de son nerf vague. Cet évènement fait l’objet d’une publication dans la revue « Current biology », signée par 11 chercheurs lyonnais dirigés par Angela Sirigu[2]. Une étude « d’ores et déjà largement commentée au sein de la communauté médicale et scientifique spécialisée ».

 

Les équipes lyonnaises ont implanté une électrode dans le cou du patient, pour stimuler le nerf vague gauche[3], une technique qui est déjà utilisée pour traiter l’épilepsie ou la dépression. Cette électrode, « reliée, sous la peau à un générateur d’impulsions électriques implanté sous la clavicule » a été stimulée jour et nuit par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. L’intensité appliquée a été progressivement augmentée, sans résultats immédiats. Mais à partir d’un mois, « le patient suivait des yeux un objet et se conformait à des ordres simples ». En outre, « l’enregistrement de l’activité du cerveau a révélé des changements importants » : la signature spécifique d’un état de conscience minimale ainsi qu’une augmentation de l’activité métabolique du cerveau.

 

« Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. C’est un traitement chirurgical prometteur », a commenté le professeur Steven Laureys, « l’un des meilleurs experts mondiaux du domaine ».

 

Parallèlement, cette avancée soulève de nombreuses questions : « Quel pronostic livrer, chez un patient qui présente un trouble grave de la conscience ? Avec quelle fiabilité ? Quelle prise en charge lui offrir ? ». La stimulation du nerf vague « pourra-t-elle améliorer de façon durable la plasticité cérébrale, même après l’arrêt de stimulation ? Qui seront les patients qui pourront en bénéficier ? ». En France 1500 patients seraient concernés, dont Vincent Lambert.

 

« La plasticité du cerveau et la réparation du cerveau sont encore possibles même lorsque l’espoir semble avoir disparu », commente Angela Sirigu. Pour « mieux comprendre la capacité fascinante de notre esprit à produire une expérience conscience » et confirmer ce premier résultat, elle planifie dès à présent « une vaste étude collaborative ».

 

Note Gènéthique : Etat végétatif chronique et état pauci-relationnel ce qu’ils sont… et ne sont pas

 

 

[1] Encore appelé « état végétatif » : une personne en état d’éveil non répondant « n’a aucune conscience de soi ni de son environnement. Elle est éveillée et respire spontanément mais ses réactions aux stimulations (douloureuses, sonores, visuelles…) sont uniquement d’ordre végétatif, médiées par le système nerveux autonome (accélération du cœur, de la respiration, une larme…) et les seuls mouvements observés sont reflexes ».

[2] Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospices civils de Lyon.

[3] Ce nerf relie le cerveau à de nombreux organes. Il joue un rôle important dans l’éveil et la vigilance.

 


Sources: 

Le Monde, Florence Rosier (25/09/2017); Le quotidien du médecin, Dr Véronique Nguyen (25/09/2017); Jean-Yves Nau (25/09/2017)