Emmanuel Hirsch : lutter contre une "forme de non assistance ou d'abandon" des personnes âgées vulnérables



Alors que des professionnels d’EHPAD[1] ont dénoncé cet été « des conditions d’exercice jugées incompatibles avec les valeurs du soin », Emmanuel Hirsch[2], dans une tribune du Figaro, évoque les problématiques autour de la dignité de la personne âgée vulnérable. Elles impliquent de « défendre des valeurs d'autant plus exigeantes » qu'elles concernent des personnes « souvent incapables de revendiquer quoi que ce soit ».

 

C’est souvent dans une « situation de crise » et « faute de préparation », que la personne âgée est transférée dans un de ces établissements de soin. « Il s’agit rarement d’une décision volontaire, négociée et consentie » de la personne, elle lui est généralement imposée par l’entourage « usé par des années d’efforts épuisants ». Les proches vivent alors un « sentiment de culpabilité » et un « manque de loyauté » de leur part envers leurs parents, constatant bien souvent que l’établissement ressemble peut à « ce qu’ils auraient pu espérer de mieux pour leurs parents ».

 

Malgré « les prévenances » du personnel, la personne âgée dépendante nourrit généralement envers l’établissement une « vision péjorative » puisque qu’elle a le sentiment de perdre « sa liberté, sa sphère privée, ses habitudes, ses préférences et un cadre de vie familier ». Certains prennent même la décision tragique de « se laisser "glisser" » lorsqu’ils réalisent la « charge lourde » qu’ils représentent pour leurs enfants. En termes financiers par exemple, une place dans ces établissements coûte en moyenne « 2000 à 5000 euros par mois », et les parents dépendants ne veulent plus « peser davantage sur leurs proches ».

 

Du côté du personnel des établissements, un travail de fond doit être fournit pour que ces personnes âgée ne soient plus soumises à « l’arbitraire de décisions, de restrictions et de contrôles imposés sans concertation et selon des règles ou des habitudes rarement discutées ». Un traitement souvent infantilisant où elles sont « revêtu(es) le matin, d’une manière uniforme, de survêtements, contraint(e)s par des rythmes et des ordonnances peu soucieux des aspirations personnelles ».

 

Pour nuancer ses propos, Emmanuel Hirsch indique qu’il connait bien évidemment des EHPAD qui proposent « une toute autre approche de la personne âgée entravée dans son autonomie » où des professionnels « assument de manière exemplaire des missions peu reconnues » et des « fonctions souvent [jugées] ingrates ». Le respect de la personne vulnérable nécessite, selon lui, un personnel qualifié pour être « attentif à la personne, disponible et prévenant ».

 

Il conclut en affirmant que ces personnes âgées vulnérables ont besoin d'un cadre pour sentir qu’elles sont membres d'une « communauté vivante, chaleureuse, créative, attentive à préserver les relations avec l'extérieur ». Ce qui implique de remettre en cause « certaines pratiques institutionnelles » pour mieux témoigner « d’un sens de la fraternité » envers ces personnes alors que « notre société considère parfois, avec tant d’outrance, qu’il est des existences grabataires indignes d’êtres vécues ».

 

Pour pallier cette « forme de non-assistance ou d’abandon de personnes en situation de vulnérabilité », la ministre de la santé, Agnès Buzyn, « a lancé en août un plan de prévention de la maltraitance ». En outre, les premières conclusions d’une mission parlementaire devraient être rendues dès la mi-septembre.

 

[1] Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

[2] Professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine de l’université Paris-Sud et directeur de l’Espace de réflexion éthique de la région d'Ile-de-France.

 


Sources: 

Le Figaro (04/09/17)