Edition du génome : un premier patient traité en Californie



En Californie, un premier patient a été traité par édition de son génome, dans l’objectif de corriger un gène de façon permanente dans ses cellules hépatiques.

 

Brian Madeux, 44 ans, souffre d’une maladie monogénique, le syndrome de Hunter[1]. Il a reçu lundi par injection intraveineuse des milliards de copies du gène corrigé, ainsi que l’outil d’édition qui va permettre de couper au bon endroit son ADN pour insérer le gène corrigé dans ses cellules hépatiques. Cela ne permettra pas de réparer les dommages déjà subis, mais il espère pouvoir arrêter les traitements hebdomadaires. « Je suis prêt à prendre ce risque. J'espère que ça va m'aider, moi et les autres (…) J'ai attendu ça toute ma vie, quelque chose qui peut me guérir», a-t-il déclaré.

 

Contrairement à d’autres thérapies d’édition du génome déjà testées[2], il s’agit ici d’une première car la modification génétique a lieu in vivo. Cela implique qu’ « il n’y a pas de retour en arrière possible et aucun moyen d’effacer les erreurs que l’édition pourrait causer ». Les médecins n’ont pas utilisé CRISPR, mais un autre « ciseau moléculaire », les nucléases à doigt de zinc. Pour l’administrer, ils ont choisi un vecteur viral. Après Brian, trente adultes seront impliqués dans cet essai de sécurité. A terme, la thérapie a été conçue pour traiter de très jeunes enfants, avant que la maladie ne puisse causer des dommages irréparables.   

 

C’est la société Sangamo Therapeutics[3] qui mène l’essai, approuvé par les National Institutes of Health. Elle vise deux maladies métaboliques et l’hémophilie, des pathologies incurables à ce jour (cf. Edition du génome : Sangamo se lance dans des essais cliniques). Des tests préalables chez l’animal se sont révélés « très encourageants ». Toutefois les risques demeurent inconnus, et certains accusent l’entreprise de « jouer avec la nature ». Le vecteur viral peut entrainer une réaction immunitaire et l’insertion d’un nouveau gène pourrait avoir des effets imprévus. Enfin, certains craignent que les modifications génétiques ne touchent aussi les gamètes des patients, affectant les générations futures.

 

[1] Maladie dégénérative qui touche principalement les hommes, car elle est portée par le chromosome X. Elle entraine un déficit enzymatique en Iudorinate 2 sulfatase, qui provoque des symptômes dans de très nombreux organes.  

[2] Modification du génome des cellules du patient in vitro, puis ces cellules sont réinjectées au patient.

[3] Appel pour un moratoire sur les modifications génétiques des cellules humaines reproductrices


Sources: 

ABC news, Marylinn Marchione (15/11/2017)