Des singes anesthésiés « réveillés » en stimulant leur cerveau



Des chercheurs de l’Université du Wisconsin aux Etats-Unis « ont réveillé » deux singes anesthésiés en stimulant un réseau cérébral, ayant ainsi identifié celui qui permet l'éveil et la conscience, chez le singe tout du moins. Ce qui pourrait prouver « l’intérêt de la stimulation cérébrale profonde dans le traitement des personnes dans le coma ». L’équipe de chercheurs a ensuite pu constater que « les animaux avaient retrouvé un comportement conscient similaire à l'état normal ». Les résultats ont été publiés dans la revue Neuron[1].

 

Selon les auteurs de l’étude, « la conscience est la capacité de ressentir son environnement et ses états internes ». Des travaux antérieurs chez l’homme avaient « suggéré que certaines zones du cerveau, notamment le cortex pariétal et le thalamus, étaient impliquées dans la conscience ». Mais ces zones n’avaient pas été étudiées ensemble. L’équipe de Yuri Saalman, professeur assistant à l’Université du Wisconsin et auteur principal de l’étude, a alors « entrepris d'enregistrer et de stimuler de multiples zones du cerveau du singe, simultanément, lorsque ce dernier est dans un état de conscience particulier », afin de préciser la région du cerveau impliquée dans la conscience. Pour ce faire, « des électrodes d'enregistrement et de stimulation » ont été implantées dans le cerveau de deux macaques. Et « des mesures ont été prises à trois moments : pendant l'éveil, le sommeil et sous anesthésie ». En stimulant « le thalamus central latéral, région présumée depuis longtemps pour être impliquée dans la conscience » avec une fréquence de 50 Hz, « nous pouvions réveiller les animaux et rétablir toute l'activité neuronale que vous verriez normalement dans le cortex pendant l'éveil », explique le chercheur. Et « lorsque nous avons désactivé la stimulation, les animaux sont retombés inconscients ».

 

Nicholas Schiff, professeur de neurologie et neuroscience au Weill Cornell Medical College à New-York estime que « cette étude est très importante pour la connaissance fondamentale de la conscience ». Pour Michelle Redinbaugh, premier auteur de l’étude, « il y a de nombreuses applications formidables pour ce travail ». Elle explique : « Il se pourrait que nous soyons capables d’utiliser la stimulation cérébrale profonde pour sortir des personnes du coma ». « Nos résultats pourraient aussi être utiles pour développer de nouveaux moyens pour surveiller les patients sous anesthésie, afin de s’assurer qu’ils sont inconscients de façon sûre », ajoute-t-elle. Et le professeur Steven Laureys, neurologue au CHU de Liège, de confirmer : « Cela confirme l'intérêt de cette approche pour le traitement des états de coma ». 

 

 

Pour aller plus loin :

Patients en état de conscience minimale : stimuler et rééduquer par la stimulation cérébrale ?

Un réseau neuronal pour permettre aux patients paralysés d'écrire ?

Vers un "pacemaker du cerveau" autonome pour traiter des désordres neurologiques ?

Etat de conscience minimale : un chercheur français propose une nouvelle classification

En état végétatif depuis 15 ans, il retrouve un état de conscience minimale

Un médicament réveille un patient plongé dans un état de conscience minimale depuis 2 ans

Etat végétatif chronique et état pauci-relationnel ce qu’ils sont… et ne sont pas

 


[1] "Thalamus modulates consciousness via layer-specific control of cortex" Neuron (2020). DOI: 10.1016/j.neuron.2020.01.005.


Sources: 

Sciences et Avenir, Elena Sender (12/02/2020) – Medical Xpress, Cell Press (12/02/2020)