[Décryptage 2/2] PLS : Des scientifiques réagissent a propos de la recherche sur l'embryon


Dans le projet de loi Santé voté aujourd'hui par l’Assemblée nationale, le gouvernement a introduit un amendement libéralisant la recherche sur l’embryon humain. Cet amendement n°2509, adopté vendredi 10 avril 2015 dans un hémicycle quasiment vide, créé un nouveau régime de recherches sur l’embryon dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation (AMP)

 

Des experts Gènéthique réagissent à l’adoption de cette nouvelle mesure qui, en libéralisant sans garde-fou la recherche sur l’embryon humain, risque de conduire à des destructions et à des modifications d’embryons. Des recherches qui ne seront plus contrôlées par l’ABM (Cf. Gènéthique vous informe du 14 avril 2015).

 

Pour Jacques Testart, père scientifique du bébé éprouvette et directeur de recherche honoraire à l’INSERM, ce nouveau régime de recherche sur l’embryon s’inscrit dans « une récente réflexion (juin 2014) menée par le comité d’éthique de l’Inserm [qui] montre que des pistes nouvelles sont envisagées pour intensifier la recherche sur l’embryon lui-même, dont la création d’embryons pour la recherche d’une part et la possibilité de transfert in utero des embryons après recherche d’autre part ».

 

Des recherches « dans le cadre de l’AMP » sans aucun lien avec l’AMP

 

Comme le fait justement remarquer le Pr Alain Privat, l’expression de « recherches biomédicales menées dans le cadre de l’AMP » est d’une généralité déconcertante. « Cette formulation ne veut pas dire que ces recherches auront pour but de traiter l’infertilité du couple ». Il poursuit : « ‘Dans le cadre de’ ne signifie pas ‘dans le but de’. Les recherches ne seront pas forcément faites dans le but de l’AMP. Le ‘cadre de l’AMP’ n’est qu’un prétexte pour faire davantage de recherches sur l’embryon ». Il y voit « un moyen de contourner l’interdiction de fabriquer des embryons pour la recherche en créant des voies parallèles d’accès à l’embryon pour les chercheurs. »

 

Risque de dérives eugénistes et transhumanistes

 

Le nouveau texte adopté par les députés prévoit que les recherches biomédicales pourront être réalisées sur l’embryon in vitro avant ou après son transfert à des fins de gestation, si chaque membre du couple y consent. Il n’y a aucune autre précision sur la nature des recherches qui seront effectuées : le champ des possibles est donc infini. Corrections génétiques, amélioration de l’embryon… ouvrent la voie au rêve prométhéen de l’homme augmenté.

 

Comme le Pr Alain Privat le fait remarquer, « il sera bientôt possible par exemple de modifier l’hormone somatotrope qui influe sur la taille d’un être humain, et on pourra alors intervenir sur les embryons au stade pré ou post implantatoire ». Il conclut : « Les recherches dans le cadre de l'AMP pourront être destructrices de l’embryon humain, mais pire encore : elles pourront réaliser des modifications sur l’embryon humain, via la thérapie génique. Encore une fois, on ouvre la porte à l’homme augmenté. »

 

Un autre chercheur relève que « donner carte blanche à la recherche avec pour seul garde-fou le consentement des parents serait prendre un risque considérable

 

Le nouveau régime de recherche adopté porte également sur les « gamètes destinées à constituer un embryon ». Ce nouveau régime, adopté sans garde-fous, fait immanquablement penser aux « FIV à 3 parents » récemment autorisées au Royaume-Uni après un débat national. Bien que plusieurs voix se soient élevées contre les bébés « à 3 parents », tant en Europe qu’aux États-Unis, qui peut garantir que le nouveau régime adopté en France ne permettra pas de telles procédures ?