CRISPR-Cas9 : « Catastrophe éthique » ?



Courant mars, deux tribunes de chercheurs mettaient en garde la communauté scientifique (cf. Gènéthique du 16 mars et du 25 mars) sur les dérives possibles de l’utilisation du nouvel outil de modification du génome, CRISPR-Cas9.

 

Albert Barrois revient sur la mise au point de cette nouvelle technique :

 

La première découverte remonte à 1987, avec une équipe japonaise qui « rapporte l’existence de séquence répétées d’un genre nouveau dans le génome d’une bactérie ». Les « séquences répétées » sont retrouvées dans de nombreuses bactéries, elles sont appelées séquences « CRISPRs »[1], et les gènes associés sont baptisés « Cas »[2]. Elles « codent des protéines capables de couper l’ADN ». C’est la première étape. De nombreuses autres jalonneront la vingtaine d’années de recherche fondamentale effectuée en ce domaine.

 

2007, 2011, 2012 : plusieurs articles dans Nature ou Science marquent les grandes phases de la mise au point d’« un outil simple capable d’induire des mutations », en ciblant « une séquence précise » : « des petites séquences d’ARN s’hybrident de façon spécifique à l’ADN et recrutent une protéine, Cas9, capable de couper l’ADN ». La technique se développe rapidement et est utilisée « chez un petit vers, chez la mouche, chez un poisson, des plantes et déjà dans des cellules humaines ».

 

Le dernier développement de cette technique remonte à 2013, et vise à « introduire des mutations précises, voire même d’insérer une séquence d’ADN dans le génome ». L’outil est testé avec succès chez la souris pour « corriger un défaut génétique comme la myopathie de Duchenne ». Il ouvre ainsi la voie  aux corrections de mutations dans des gènes qui entrainent des maladies (gène BRCA1 et cancer du sein par exemple).

 

Cependant, Albert Barrois soulève plusieurs questions. La première, scientifique, tient à la spécificité de cet outil : « Les petits ARN guides » ne sont pas spécifiques d’une seule séquence d’ADN et peuvent donc introduire des mutations en des endroits non désirés. Ce risque « ne sera jamais complètement absent ».

La seconde question porte sur le problème éthique entraîné par CRISPR-Cas9 : « Cette méthode est si simple qu’elle ouvre grand la porte à l’eugénisme le plus fou ». « Qui pourra empêcher une clinique privée (…) de l’utiliser pour améliorer le génome ? ». Il termine en s’interrogeant : les appels des chercheurs pour un moratoire empêcheront-ils les laboratoires de « modifier le génome des embryons humains ? »

 

[1] Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats.

[2] CRISPR associated genes.

 


Sources: 

ALbert Barrois, 30.03.2015