COVID-19 : Les soins palliatifs bouleversés, les soignants aussi



Accompagner la fin de vie des malades du Covid-19 est « un bouleversement pour le personnel soignant ». En témoigne l’expérience de l’unité de soins palliatifs Jeanne Garnier. « Tout a été réorganisé en quelques jours pour accueillir les malades du Covid-19. Le 1er patient arrive le 25 mars dernier. Le surlendemain, les 14 lits prévus sont occupés. Puis très vite, les 26 lits du rez-de-chaussée y sont dédiés. » Du « jamais-vu », même pour le Dr Jean-François Richard, « en fin de carrière ».

 

« Tous les lits libérés ici vont permettre aux malades qui peuvent être sauvés d’être mieux pris en charge par le personnel hospitalier », assure le docteur Richard. « On est en bout de chaîne et on accompagne uniquement ceux pour qui il n’y a plus d’espoir de rémission », explique-t-il. Parmi ces patients, « certains étaient déjà suivis en soins palliatifs, d'autres sont des personnes âgées venant d'Ehpad ou de leur domicile ». « Cela peut sembler moins urgent que de soigner les patients en réanimation, mais ces personnes doivent être accompagnées pour finir leurs jours dans de bonnes conditions, ailleurs que sur des brancards par manque de place », soutient le médecin.

 

Le plus difficile pour les soignants, c’est que « les fins de vie se ressemblent et ″s’enchaînent″ ». « ça a un côté inhumain », s’attriste Christine Dornic, directrice de l’établissement de la maison Jeanne Garnier. Contrairement au « temps normal en soins palliatifs », où « l’équipe soignante a le temps d’apaiser les derniers instants », où « le relationnel a un rôle important », « là, ce n’est plus du tout le cas ». « Une source de souffrance pour l’équipe qui se sent très impuissante. »

 

Anne-Caroline Frèrejacques, qui coordonne l’équipe des soignants de l’établissement depuis 10 ans, explique : « Le travail quotidien a dû être totalement réorganisé car tous les protocoles se compliquent avec ce virus : la gestion du linge, l’habillage et le déshabillage des malades... avec un personnel en habit de ″scaphandrier″ protégé de la tête aux pieds ». Comme « il y a une pénurie de surblouses en Ile-de-France », « on les remplace avec des grands sacs-poubelles ». Alors « les soignants ont le sentiment d’être ″envoyés au combat sans rien, sans être armés !″ ». Avec la peur de se retrouver « en sous-effectif » et de « ramener le virus à la maison ».

 

Et il y a aussi « l’impact psychologique lié à la gestion des malades ». « Ils meurent tout seuls », « les annonces de décès sont faites par téléphone ». « C’est dur humainement. L’accompagnement des familles n’est plus du tout le même. »

 

Puis, quand vient la mort, « le corps est mis dans une housse pour éviter la contamination, impossible pour les proches d’avoir un dernier regard sur lui ». « Et c’est nous qui fermons cette housse… C’est difficile quand on perd la moitié des patients du service en deux jours », témoigne-t-elle. Alors, « pour aider les soignants, un suivi individuel a été mis en place 2h par semaine ». La psychologue, dont la place était « au chevet des malades », « suit maintenant de près le personnel ». « Le plus dur va être de tenir sur la longueur car enchaîner ainsi les décès est une épreuve. Il faudra rester vigilants dans l’après-coup. »

 

 

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Sources: 

Public Sénat, Sandra Cerqueira (06/04/2020)