Coronavirus : il est urgent de « diffuser très rapidement la culture palliative »



L’épidémie de Coronavirus, la dégradation très rapide de la santé des malades et le contexte très particulier de solitude liée au confinement, mais aussi les arbitrages que les médecins sont amenés à opérer entre les personnes qui seront prises en charge en réanimation et celles qui feront l’objet de soins palliatifs, placent des soignants dans une situation inédite.   

 

Dans des circonstances extrêmes, il est essentiel d’accompagner les patients « que l’on ne pourra pas réanimer ». Pour Frédéric Guirimand, médecin en soins palliatifs à la maison Jeanne Garnier, « notre devoir est de nous occuper des conditions dans lesquelles ces patients vont mourir ». A l’hôpital, « certains médecins ne savent pas quels produits donner », expliquent Marion Brouke du service des soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse à Paris. Cette infirmière assure une « permanence pour conseiller tous les soignants » de son établissement qui compte un millier de lits, notamment auprès de ceux qui se relaient auprès « des malades atteints de la forme la plus grave » de la maladie et « qui sont en fin de vie ».

 

La situation d’urgence a conduit à la mise en place de « plusieurs services de soins palliatifs » qui ont « vu le jour en quelques heures, à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris par exemple, où une dizaine de lits a été créée ».

 

Pour le Dr Bernard Devalois, médecin en soins palliatifs à la maison de santé protestante Bagatelle à Bordeaux, « les repères de l’éthique du soin (…) sont bouleversés » puisqu’il faut « trier entre ceux qu’on va tenter de sauver (dits « réanimatoires ») et ceux pour qui tous les moyens théoriques de sauver la vie ne seront pas mis en œuvre (« non réanimatoires ») ». Le médecin déplore : « Les principales victimes de tri seront les plus vulnérables », une situation qui impose de tenir « au moins » « sur une valeur éthique forte pour les professionnels de santé ». Il faut « aider les patients à ne pas mal mourir quand on ne peut faire autre chose ». Le médecin ajoute : « Il est aussi nécessaire de réanimer ceux qui peuvent l’être qu’accompagner ceux qui doivent l’être ». Le médecin qui vient de mettre en place une « astreinte téléphonique (…) pour permettre aux soignants d’une région de joindre, jour et nuit, un professionnel des soins palliatifs », constate que ses collègues sont « déboussolés par cette horreur ». Certains patients terrassés ne pourront même pas « monter dans les services » et les soignants cherchent à savoir « comment soulager les malades ». Ils ont besoin d’explications, de procédures et de soutien.

 

Pour aider le personnel médical « confrontés à des fins de vie difficile », la Société Française d’accompagnement et des soins palliatifs » a publié, à la demande du ministère de la santé, « des fiches pratiques pour diffuser les protocoles » qui doivent aider l’accompagnement des personnes en fin de vie ». « Il est essentiel d’aider [les soignants], notamment en leur donnant des éléments pour repérer une détresse respiratoire et la soulager », explique le Dr Claire Fourcade, médecin à la Polyclinique du Languedoc de Narbonne et vice-présidente de la SFAP. Pour elle, il est urgent de « diffuser très rapidement la culture palliative ».

 

Enfin, pour Regis Aubry, président de la plateforme de recherche sur la fin de vie, « cette épidémie remet fondamentalement en question le modèle de l’Ehpad ». Aussi, pour « permettre aux pouvoirs publics de tirer des conclusions très vite et de réorganiser la politique du vieillissement », une recherche sur la fin de vie et la mort dans le contexte de l’épidémie de coronavirus a été diligentée par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et confié à la plateforme. « Nous commençons à voir la létalité dans ces établissements où les morts sont confinés et le personnel raréfié » explique le médecin qui appelle à « redoubler d’humanité ».

 

Il souligne par ailleurs l’émergence d’un nouveau sujet éthique qui concerne les personnes souffrant de troubles cognitifs. Autour d’elles, « la tentation, pendant le confinement, est de contraindre davantage », explique le professeur Aubry qui appelle à la « vigilance ».

 

Pour aller plus loin :

Covid-19 : des soignants se confinent au chevet des personnes âgées

Covid-19 : des personnes âgées abandonnées dans des maisons de retraite en Espagne

Covid-19 : Les personnes âgées, objet de toute l’(in)attention ?

Covid-19 : « La réparation des vivants passe par la séparation d’avec les morts »

 

 


Sources: 

La Croix, Loup Besmond de Seneville (30/03/2020) - L’accompagnement de la fin de vie des malades du Covid mobilise les soignants - La Vie (30/30/2020) - Hospimédia (30/03/2020)