L'utilité de la recherche sur l'embryon est loin de faire l'unanimité



 Ce jeudi 28 mars, les députés examinent en séance publique la proposition de loi relative à la recherche sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires, déposée par le groupe radical de gauche. Ce texte lève l'interdiction et instaure  un régime d'autorisation. Ce changement radical de régime est loin de faire l'unanimité. Le quotidien La Croix consacre un dossier entier sur ce sujet. 

 

Dans une tribune, "Le scandal des embryons de laboratoire" Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, rappelle non seulement que "la fin ne justifie pas les moyens et [que] supprimer un humain pour prétendre en soigner un autre est une curieuse méthode", mais encore que "les avancées médicales se font aujourd'hui grâce aux cellules souches adultes et de sang de cordon et se feront demain grâce aux cellules reprogrammées découvertes par le professeur Yamanaka, prix Nobel de Médecine en 2012" (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 8 octobre 2012). A l'appui de ce propos, le prix Nobel de médecine, père des cellules iPS, précisait dans la revue scientifique Cell Stem Cell de juin 2012 que "les futures études devraient se concentrer sur la capacité des cellules iPS elles-mêmes à former de nouveaux tissus ou organes (...). Je crois que la technologie des cellules iPS  est maintenant prête pour de nombreuses applications, y compris les thérapies par cellules souches". En France, le Pr Marc Peschanski, directeur scientifique d'I-stem, alors même qu'il milite pour la recherche sur l'embryon, déclarait dans un article paru en février 2012 dans le Journal of Clinical Investigation que "les cellules souches embryonnaires humaines sont sujettes à des instabilités chromosomiques, ce qui pourrait limiter leur utilité clinique". Et le Pr Philippe Menasché, spécialiste des cellules souches à l'hôpital George Pompidou, lui aussi favorable à la recherche sur l'embryon, reconnaît "être parvenu à travailler sereinement dans le cadre de la loi actuelle [i.e la loi de bioéthique de 2011], obtenant les dérogations nécessaires".

Allant plus loin, le Pr Alain Privat, neurobiologiste et ancien directeur à l'INSERM "estime [aujourd'hui] que l'utilisation d'embryons humains dans la recherche appartient au passé". En effet, en matière d'embryologie, explique-t-il, "95% des travaux ont été menés ces 30 dernières années sur des modèles animaux". 

 

Sur le plan juridique, le professeur de droit constitutionnel Bertrand Mathieu explique que "si la liberté de la recherche est fondamentale, elle n'est pas absolue. A moins de céder à une approche purement utilitariste, il ne viendrait à personne l'idée d'effectuer des recherches sur un patient sans son consentement, même dans l'hypothèse de recherches porteuses d'espoir; ou encore d'effectuer des expérimentations sur un homme dans le coma, plutôt que sur un singe bien portant, au motif que le premier souffrirait moins!". Par conséquent, "la liberté de la recherche est encadrée par d'autres exigences. Elle doit l'être par le principe de dignité [...]. Avec la proposition de loi discutée aujourd'hui, on fait entrer l'embryon dans des logiques économiques". Alors que la journaliste mentionne qu'au contraire, les scientifiques ne sont pas guidés par des enjeux économiques et disent mettre en avant les enjeux de la connaissance, le professeur de droit explique alors que si les enjeux de la connaissance étaient réellement la motivation des chercheurs, "la loi actuelle suffit, compte tenu du régime dérogatoire. Nul besoin de lever le principe d'interdiction avec les graves conséquences que cela emporte, dont on ne prend malheureusement pas la mesure". 

La journaliste précise enfin que la logique économique guiderait donc certains scientifiques: le texte examiné ce jour par les députés n'aurait d'autres justifications "que de servir les intérêts de laboratoires et d'industriels impatients d'utiliser des cellules souches embryonnaires pour tester des médicaments ou des substances cosmétiques à peu de frais". Comme le précise le Pr Alain Privat: "on peut le faire avec des iPS, mais c'est plus long et cela coûte cher". Il redoute "une filière de production d'embryons humains [....] permettant ainsi de 'screener' des médicaments". 
 


Sources: 

 La Croix (Bertrand Mathieu - Jean-Marie Le Méné - Marine Lamoureux) 28/03/2013 - Le Quotidien du Médecin (Coline Garré) 28/03/2013