Des errements déontologiques dans la procédure d'euthanasie de Vincent Lambert



 

 Malgré les dissonances familiales, l’ordonnance du juge des référés du 11 mai dernier, et les diverses prises de paroles des autorités médicales, "la procédure d’euthanasie [de Vincent Lambert] n’a pas été suspendue". Après un accident de la route, Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims depuis 5 ans, où il vit dans un état "pauci-relationnels" (Cf. Synthèse Gènéthique du 14 mai 2013). Les 1.500 patients dans ce même état bénéficient d’une "prise en charge s’inscri[vant] toujours dans un projet de vie, et pour cause : ils ne sont pas en fin de vie" explique le Dr Bernard Jeanblanc, chef de service d’une unité pour polyhandicapés et d’une unité de vie spécialisée pour les "pauci-relationnels". Il vient de rédiger un rapport après avoir rencontré Vincent Lambert. Pour lui, "l’hospitalisation de Vincent Lambert dans un service de soins palliatifs est une inadéquation totale, il n’a rien à faire là".

 

Il relève ainsi plusieurs anomalies dans ce dossier. Puisque Vincent Lambert est incapable de communiquer, comment le Dr Kariger peut-il "soutenir avec une telle force de conviction qu’il a exprimé un refus de vivre ? Nous sommes dans l’interprétation pure et simple".  Par ailleurs, dans son rapport il rappelle le "principe élémentaire", récemment réaffirmé par le Pr. Didier Sicard, de faire prévaloir le droit à la vie lorsqu’aucun consensus familial n’a pu être trouvé. "L’intervention de médecins en désaccord médical et déontologique avec ce processus de fin de vie" enflamme les débats. Outre le Dr. Bernard Jeanblanc, Xavier Ducrocq, professeur de neurologie et d’éthique au CHU de Nancy, avait été invité par le Dr. Kariger, "à la demande des parents", pour prendre part au protocole. Il avait alors signifié que "son état ne relevait pas d’un service de soins palliatifs, mais bien d’un établissement spécialisé dans l’accueil de patients présentant un handicap lourd" et pointé du doigt la "mascarade" de la collégialité avant d’annoncer que "la décision de mort [avait été] prise depuis longtemps".  Remettant en doute les pratiques du CHU de Reims, Xavier Ducrocq a saisi l’Ordre des médecins, afin de pouvoir accueillir Vincent Lambert dans son hôpital. En attendant la décision, le Dr Kariger explique qu’"il est de [s]on devoir et de [s]a responsabilité de mener à bien [la procédure d’euthanasie]".

 

"La contestation monte" et pas seulement du côté des autorités médicales. Les parents de Vincent Lambert, qui s’opposent à son euthanasie, et dont l’avis n’a pas été pris en compte par l’équipe médicale avant qu’elle ne stoppe son alimentation, dénoncent un "acharnement euthanasique". En effet, alors qu’ "aucune dégradation n’est venue altérer l’état de santé de Vincent Lambert", celui-ci avait été transféré vers une unité de soins palliatifs. Une plainte criminelle "pour tentative d’assassinat sur personne vulnérable" contre le CHU de Reims et le Dr. Kariger est en cours de constitution.

 

C'est dans ce climat incandescent, qu'est publié ce jour le rapport faisant suite aux "conférences citoyennes" sur la fin de vie. 


Sources: 

 Le Figaro (Delphine de Mallevoüe) 14-15/12/13