B-M. Dupont : D'un prétendu droit de mourir par humanité. L'euthanasie en question



Le Quotidien du Médecin publie une interview du Dr. Bernard-Marie Dupont, spécialiste des soins palliatifs et professeur de philosophie, qui publie un livre intitulé D'un prétendu droit de mourir par humanité. L'euthanasie en question.

Le Dr. Dupont a écrit ce livre pour apporter "des éléments objectifs de réponse" dans le débat sur l'euthanasie aujourd'hui englué dans trop d'affaires médiatiques qui prennent en otage les soignants. Il rappelle que les médecins ont prêté le serment d'Hippocrate "qui est de ne jamais donner la mort" et constate que nous nous trouvons "dans un climat ambiant d’individualisme forcené où le collectif est dévalué au profit de l’intérêt particulier. On ne fait pas une loi à partir d’exceptions". Opposé à la légalisation de l'euthanasie, le Dr. B. M. Dupont est toutefois critique par rapport à la loi Leonetti de 2005. Selon lui, cette loi est, d'un point de vue juridique, imprécise. Si le mot "collégialité" apparaît dans la loi, le Dr. Dupont regrette que les conditions de son application ne soient pas plus précises. "Il faudrait repréciser les conditions de la collégialité : je crois que le meilleur service qu’on puisse rendre au médecin, c’est de montrer que plus il sera seul à prendre une décision difficile, plus il prendra le risque d’être dans l’erreur. [...] le patient a besoin d’être éclairé de regards croisés et différents. Quand on est hospitalisé, on ne dit pas la même chose à l’infirmière, au médecin ou à l’aide-soignant. Je pense que les patients seraient rassurés de savoir que le médecin est obligé de discuter avec les paramédicaux et de tenir compte de ce que disent les autres professions".

Pour le Dr. Dupont, les soins palliatifs sont un acquis considérable et il estime que "la réponse palliative à la question de la fin de vie est déjà bien traitée" même si  l' "on peut toujours faire mieux". Il insiste pour que soient dissociées la question de l'euthanasie de celle de la fin de vie car "l'euthanasie est [...] une question philosophique : chacun se confronte à son angoisse de mort et chacun a sa manière d’envisager la question de son départ, au-delà du débat sur la légalisation ou l’interdiction. Je suis personnellement contre l’euthanasie mais peut-être qu’à la fin de ma vie, je souhaiterais qu’on me donne la mort. Cependant, les soignants ne sont pas formés pour répondre à cette question existentielle. La mort n’est pas une réponse technique à une question philosophique. [...] La revendication du droit à la mort est un des signes du temps qui est celui d’une volonté de maîtrise absolue. On ne veut pas prendre le risque de vivre sa vie jusqu’au bout".

Notons que l'Ordre national des médecins s'est également opposé à cette proposition de loi du Sénat dans un communiqué dénonçant les "dérives incontrôlables" qui en surgiront, la destruction de la confiance des malades dans les soignants "qui n'ont pas vocation à donner la mort" et la "pression d'une extrême violence" consistant à demander aux médecins "de faire un geste létal contraire à leur éthique sans respecter leur conscience". Le Conseil national de l'Ordre des médecins insiste sur la nécessité "d'expliquer et d'appliquer la loi actuelle" et de "mieux former les médecins et les soignants".


Sources: 

Le Quotidien du médecin (propos recueillis par Stéphanie Hasendahl) 24/01/11 - Gènéthique