Antalgiques et bisphénol A : risques d'infertilité ?



La prise par la femme enceinte d’antalgiques légers (aspirine, paracétamol, ibuprofène) pendant les deux premiers trimestres de la grossesse présenterait un risque d’infertilité chez le petit garçon. C’est ce que révèle une enquête internationale menée en Finlande, Danemark et France, et publiée le 8 novembre 2010 sur le site internet de la revue Human Reproduction.

Les résultats de cette étude, menée sur plus de 500 femmes danoises, montrent en effet que la prise d’antalgiques doublerait le risque de cryptorchidie (absence de descente des testicules dans les bourses) chez l’enfant. Cette malformation congénitale est considérée comme un facteur de risque important d’infertilité et de cancer des testicules.

Ces observations ont été confortées par les données d’expérimentations sur le rat. Un des chercheurs dirigeant l’enquête, le Pr Bernard Jégou, directeur de recherche à l’Inserm unité 625 et à l’université de Rennes-I et spécialiste des questions d’environnement et de fertilité masculine, a mis en évidence une baisse de la sécrétion de testostérone de cellules testiculaires fœtales de rats en présence de ces antalgiques. Une équipe danoise a également administré à haute dose ces anti-douleurs à des rates gestantes et a pu observer dans la descendance mâle une plus grande insensibilité à la testostérone.

Le Pr Bernard Jégou estime que ces travaux sont "des clignotants indiquant qu’il faut porter une attention particulière à la prise d’antalgiques pendant la grossesse. Il faut cependant rester prudent : nous mettons en évidence une association et pas une relation de cause à effet". Une publication scientifique simultanée, parue dans le journal Epidemiology, aboutit aux mêmes résultats. "Aujourd’hui, ces signaux nous indiquent qu’il faut mener de nouvelles études épidémiologiques et expérimentales", en conclut le Pr Jégou.

Par ailleurs, une étude, publiée dans Fertility and Sterility révèle que le bisphénol A (BPA), un constituant de plastiques et de résines présent dans de nombreux contenants alimentaires et de boissons, altérerait la concentration et la qualité du sperme. Déjà interdit dans les biberons, le BPA est également présent dans de nombreux tickets de caisse ou reçus de cartes de crédit. Une équipe française de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Toulouse, en collaboration avec le laboratoire Pierre Fabre, vient de démontrer que le BPA peut aussi pénétrer dans l’organisme par la peau. Leurs travaux ont été publiés dans la revue Chemosphere.


Sources: 

Le Figaro (Martine Perez) 09/11/10 – La Croix 10/11/10 – Le Monde (Paul Benkimoun) 10/11/10 - Le Figaro (Sandrine Cabut) 02/11/10 – Le Monde (Paul Benkimoun) 30/10/10