La pratique des mères porteuses en Ukraine



Libération consacre un article à la pratique des mères porteuses en Ukraine, un des pays européens où la gestation pour autrui est légale.

La vie économique ukrainienne reste chancelante depuis la chute du communisme, aussi nombreuses sont les femmes qui proposent leurs "services" et leur ventre en échange d'une rétribution conséquente. Valentina, mère de trois enfants ayant déjà porté trois fois les enfants des autres, reconnaît demander 10 600 euros par enfant, plus 400 euros par mois de grossesse sans compter la prise en charge des frais médicaux. Elle explique : "Mon mari et moi, nous sommes orphelins et on ne peut compter que sur nous-mêmes. Tous les deux, on travaille dans le bâtiment. Comment faire, avec notre salaire, pour louer un appartement et payer les études de nos enfants ?"

Autour du ventre de la mère porteuse, un réseau d'intermédiaires profite également de ce business. En Ukraine, où la législation est très permissive, tout se vend : ovules, sperme, ventre...Des cliniques spécialisées dans la médecine reproductive en profitent et attirent le client bien au-delà des frontières de l'Ukraine. Le Conseil de l'Ordre des médecins français a ainsi mis en garde les praticiens de l'Hexagone contre le "racolage" opéré par des centres ukrainiens, espagnols ou grecs qui promettent une rétro commission alléchante aux médecins qui leur enverraient des patientes.

De son côté, l'agence Vita Felice, ou Centre international de la gestation pour autrui, propose aux étrangers des formules "tout compris" autour de 40 000 à 50 000 euros incluant la recherche de la mère porteuse, l'implantation de l'embryon, la location d'un appartement à Kiev les semaines précédant l'accouchement. Les soins et l'hospitalisation au moment de l'accouchement sont en plus à la charge des parents.

Une des cliniques associées à Vita Felice affirme accueillir chaque année 25 000 couples : beaucoup viennent pour trouver des ovocytes, mais la clinique compte également une vingtaine de gestations pour autrui par an. Selon les chiffres ukrainiens, une centaine de naissances par mère porteuse aurait lieu chaque année, soit trois fois plus qu'il y a 5 ans, lors de la légalisation de la pratique. La plupart des parents biologiques seraient des étrangers.

La journaliste fait justement remarquer que la grande oubliée de cette législation est la mère porteuse elle-même, dans un pays où une grossesse et un accouchement ne sont pas sans risques. Par ailleurs, beaucoup de femmes craquent au bout de quelques mois à la perspective d'avoir à abandonner l'enfant. Car dès la signature du contrat devant le notaire, la mère porteuse abandonne tous ses droits sur le bébé : la plupart du temps, elle accouche même sous anesthésie et par césarienne, parfois sans même voir l'enfant qu'elle a porté. "Certaines filles deviennent folles, concède encore Valentina. J'ai une amie qui a disparu pendant deux mois au début de la grossesse. Elle ne voulait pas rendre le bébé. Quand elle est revenue, les parents ne voulaient plus d'elle, et les médecins l'ont fait avorter".

Notons enfin que les couples étrangers ayant recours à une mère porteuse ukrainienne ne peuvent faire reconnaître juridiquement leur enfant. Ainsi, la France ne reconnaît comme mère biologique que la femme ayant accouché. Les papiers fournis par l'Ukraine pour la reconnaissance des enfants sont donc nécessairement des faux qui ne bernent que rarement les agents de l'Etat civil.


Sources: 

Libération (Mathilde Goanec) 11/09/09