[Chronique bioéthique] "On meurt mal en France", l’euthanasie est-elle la solution ?


Début mars, 156 députés ont publié une tribune dans laquelle ils demandent que le gouvernement fasse voter d’ici la fin 2018 une nouvelle loi qui ouvre un droit à mourir aux personnes en fin de vie : au nom de la liberté de choisir sa mort, au motif que certains médecins pratiqueraient déjà des euthanasies sous le manteau et que les soins palliatifs sont insuffisants face aux besoins.

 

À bien y regarder, la revendication a des allures de déjà-vu. Les signataires ne s’en cachent d’ailleurs pas : des années après, le scénario qui a conduit à la dépénalisation en France de l’IVG se remet en marche.

 

Derrière un vrai constat : « On meurt mal en France », se cachent souvent de mauvaises réponses.

 

Cette revendication pointe en fait l’éviction de la mort du quotidien de notre société. Elle n’est pas nouvelle : la médecine d’après-guerre a cru l’abolir, le transhumanisme veut la vaincre, mais pour Monsieur tout le monde, elle reste une impasse. La mort est effrayante ; la souffrance, que des traitements adaptés apaisent le plus souvent, l’agonie, sont autant de moment à traverser, qui, aux biens portants que nous sommes, paraissent hors de courage. Les malades sont relégués dans des hôpitaux, des maisons de fin de vie, très loin des préoccupations et de l’agitation empressée de chaque jour.

 

Alors ? Que réclament ceux, finalement très rares, qui demandent l’euthanasie ? Que leurs souffrances se taisent ? La visite d’une personne bienveillante ? Un sourire qui leur rappelle qu’elles existent encore ?

 

Si on pousse la porte des soins palliatifs, on ne trouve… que des vivants. Des hommes et des femmes diminués par la maladie, mais qui savent rire, verser des larmes, se mettre en colère, rêver, attendre. Des hommes et des femmes qui jouent, en ces moments irremplaçables, leurs dernières cartes auprès d’autres vivants. Ils ne sont plus utiles au sens du marché, mais ils ont un héritage à transmettre bien au-delà des mots. Finalement, plus que d’une loi, nous avons besoin de transformer notre regard sur la maladie, la vieillesse, la fin de la vie, besoin de lui faire une place au milieu de nous. Les soins palliatifs sont un exemple lumineux de soins centrés sur la personne, plutôt que sur la maladie qui défigure, ampute, fait gémir. Un lieu où l’humanité s’apprivoise. Une dernière chance.

 

La demande d’euthanasie exige enfin qu’il y ait aussi un médecin exécuteur, un médecin dont la première mission est de soigner, mais qui devra administrer, au lieu d’un traitement, le cocktail qui mettra fin à la vie de son patient : un détournement de la médecine. La légalisation de l’euthanasie ne pourrait être que particulièrement préjudiciable à la confiance entre soignés et soignants. C’est ce que montrent les affaires qui se multiplient autour de ces questions : des imbroglios judiciaires qui conduisent des familles à douter, à s’opposer au monde médical. Ou à se déchirer devant des tribunaux.

 

Ne peut-on tuer au moins « par compassion » ? Ne vaudrait-il pas mieux soulager par compassion en respectant la dignité des malades ? La légalisation de l’euthanasie ne fera que les fragiliser davantage.