Bibliographie de la bioéthique

Jérôme Lejeune, la Liberté du savant

Artège : https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/jerome-lejeune-9791033608318
Avril 2019
480 pages
« L'intelligence d'un seul est un don pour tous ». Telle est la pensée qui jaillit à la lecture de cette biographie pleine de rebondissements, qui se lit comme un roman, mais documentée et référencée comme un livre d’histoire. On y découvre comment Jérôme Lejeune, pionnier de la génétique moderne, ébloui par la beauté de chaque vie humaine, a mis son immense intelligence au service des enfants blessés dans leur intelligence. On y voit le déploiement de sa carrière. Ses premiers travaux sur les radiations atomiques qui, en 1957, le propulsèrent comme expert auprès de l’ONU et le désignèrent aux américains comme le plus prometteur des jeunes généticiens français, dès avant la découverte de la trisomie 21. Puis, toutes les étapes de son travail acharné dans le service du Pr Turpin, qui conduirent à la découverte de la trisomie 21 et des suivantes (la Maladie du cri du chat par exemple). Enfin, sa carrière à l’hôpital Necker à Paris. Les nombreux documents inédits présentés dans la biographie dévoilent ses réflexions, ses intuitions de recherche et ses analyses. Ils montrent aussi combien Jérôme Lejeune est courtisé par les Etats-Unis, puis devient l’objet des vives attentions de l’université française, ce qui est suffisamment rare pour être souligné ! L’université fonde la première chaire de génétique fondamentale en France pour le nommer professeur, puis doyen de la faculté de médecine des Cordeliers à Paris (aujourd’hui Paris Descartes), où il crée le 1er certificat de cytogénétique et celui de génétique générale. Il reçoit ensuite de nombreux prix dans le monde entier et est nommé membre de dizaines d’Académies scientifiques avant d’être ostracisé par tous ceux qui l’ont encensé, car il refuse de se rendre à leurs arguments eugénistes et préfère prendre la défense de ses petits patients. Au risque de perdre beaucoup. Ce qui advient.   Son histoire est celle d'un homme qui est resté profondément libre malgré les honneurs reçus du monde entier, puis les attaques violentes dont il a été l'objet. Cette liberté naît d’un mélange harmonieux d’excellence scientifique et de respect de la personne humaine dans sa souffrance. L’auteur montre aussi qu’en suivant sa conscience de médecin fidèle au serment d'Hippocrate et de chrétien fidèle à son baptême, Jérôme Lejeune a manifesté combien la science et la foi, loin de s’opposer, se font grandir mutuellement par l’apport de leurs connaissances foncièrement différentes mais complémentaires.   Pour écrire cette biographie de référence, l'auteur a travaillé onze ans, a consulté des milliers d'archives, longuement rencontré son épouse, ses proches, beaucoup de familles de patients et de collaborateurs français et étrangers. Elle nous livre le portrait inédit d'un Jérôme Lejeune, savant plein d'humour, époux et père de cinq enfants, proche des grands de ce monde, et défenseur des plus petits.

Le tiers-corps, réflexion sur le don d’organes

Syliane Agacinski Don d'organes
Seuil : http://www.seuil.com/ouvrage/le-tiers-corps-sylviane-agacinski/9782021393590
Mars 2019
220 pages
« On parle de « pénurie d’organes » comme de pénurie d’essence ».   Dans son dernier livre Tiers-corps, Sylviane Agacinski, philosophe et épouse de Lionel Jospin, veut réveiller les consciences. Elle offre à son lecteur une réflexion à la fois philosophique et juridique sur le don d’organes. Le corps humain peut-il être considéré comme un bien marchand ? Peut-il s’acquérir ? Ou doit-il être considéré comme un bien « à part » du fait de sa spécificité ? L’ouverture d’un marché légal de greffes d’organes est-elle une solution « pour augmenter le nombre d’organes disponibles ? »... Cette dernière question interpelle. Si un tel marché n’a pas toujours été interdit en France (ventes de dents au XVIIIe siècle, ventes de sang jusque dans les années 1950), son principe a régulièrement été remis en cause - par les philosophes notamment - jusqu’à la consécration de la « dignité et de la valeur de la personne humaine » et du « respect dû au corps humain » (DUDH, article 16 du Code civil). « Dès lors que le corps des êtres humains est traité comme un bien marchand, le biomarché repose toujours sur les inégalités économiques entre les acteurs », observe-t-elle. Le scandale des trafics d’organes en Chine, aux Philippines ou encore en Inde en sont malheureusement la preuve. Par ailleurs, en France, le consentement au don n’est plus requis depuis la loi de modernisation de notre système de santé, adopté en 2016 : toute personne est présumée avoir donné son accord tant qu’il ne l’a pas refusé expressément. Pour l’auteur, il s’agit indéniablement d’un « recul de la pratique de don en tant que geste bénévole et volontaire ». Sylviane Agacinski dénonce une « approche quantitative du nombre de vies à sauver, qui risque de faire perdre de vue le sens et la valeur intrinsèque de l’existence humaine ».

L’Ame désarmée

Les belles lettres : https://www.lesbelleslettres.com/contributeur/allan-bloom
Février 2019
504 pages
« L’Ame désarmée », œuvre majeure de l’auteur américain Allan Bloom vient d’être rééditée aux Belles Lettres.   Ce professeur à l’université de Chicago était un visionnaire. En montrant la crise de la culture générale, il dénonçait, il y a trente ans et de manière puissante le relativisme ambiant. Son œuvre est magistrale, Alan Bloom a tout compris et met sa grande érudition au service du lecteur.   Dans un essai profond, il analyse le recul de la culture générale et s’inquiète de son déclin au bénéfice des « problèmes de société » ; des revendications séparatistes des « minorités » raciales ou sexuelles ; de la baisse du niveau scolaire au nom de la lutte contre les inégalités ; de la domination du relativisme au détriment de la recherche de la vérité ; ou encore des sciences humaines qui singent les sciences « dures ».   « Le rationalisme occidental a abouti à un rejet de la raison. Le relativisme parvient à détruire les prétentions universelles de l'Occident […]. Privé de ce besoin de vérité, l'Occident s'effondrera ».   Pour Bloom, il n’est d’autre remède à ce nihilisme que « l’ouverture de l’âme à la recherche de la vérité ».   Il offre un éclairage sur le relativisme ambiant, celui qui nous a conduit à ne plus savoir ce qu’est l’Homme. Un grand livre à lire pour comprendre les mouvements profonds de la société actuelle.

Les droits de l'homme dénaturé

Grégor Puppinck Tous les autres thèmes
Cerf : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18564/les-droits-de-l-homme-denatu...
Décembre 2018
296 pages
Gregor Puppinck, l’un des experts de Généthique, vient de publier, Les droits de l’homme dénaturé. Un essai didactique, précis et talentueux qui analyse la transformation de la conception de l’homme à travers celle de ses droits. L’auteur analyse l’évolution actuelle des droits de l’homme. Il décrit « le passage des droits de l’homme de 1948 aux droits de l’individu des vingt dernières années puis aux droits transhumains actuellement en formation. Cette évolution reflète celle du rapport de l’homme à la nature ». Grégor Puppinck, en juriste averti, aide le lecteur à comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle où les droits de l’homme finissent par accompagner le transhumanisme.   C’est bien la dénaturation de l’homme qu’il dénonce à travers l’évolution des droits de l’homme. « Alors que les droits de l’homme de 1948 reflétaient des droits naturels, l’affirmation de l’individualisme a généré de nouveaux droits antinaturels, tels que le droit à l’euthanasie ou à l’avortement, conduisant à leur tour à l’émergence de droits transhumains qui garantissent aujourd’hui le pouvoir de redéfinir la nature, tels que le droit à l’eugénisme, à l’enfant ou au changement de sexe ». Pas à pas, en analysant le droit et son évolution à la lumière de la philosophie, Gregor Puppinck avance de manière très pédagogique avec le lecteur qui veut croire dans sa conclusion qu’ « il y a quelque chose en l’homme qui résiste en sa dénaturation ».   Grégor Puppinck est docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).

Leurre et malheur du transhumanisme

Olivier Rey Transhumanisme
Desclée de Brouwer : https://www.editionsddb.fr/livre/fiche/leurre-et-malheur-du-transhumanisme-97822...
Novembre 2018
196 pages
Si c'est au nom d'un futur toujours meilleur que le monde a été transformé en un chantier permanent, nous sommes arrivés au stade où le rapport entre les bénéfices du développement et ses nuisances s'avère de plus en plus défavorable. La perte de confiance dans le progrès doit alors être compensée par une inflation de ce qu'il est censé apporter : plus le monde va mal et menace de s'écrouler, plus il faut abreuver les populations de promesses exorbitantes.   Tel est le rôle du Transhumanisme - et peu importe que ce qu'il annonce ne soit pas destiné à se réaliser. Lui accorder trop d’importance, c’est se laisser captiver par un leurre. Faudrait-il refuser d’y prêter attention ? Cela n’est pas si simple. Le transhumanisme nous trompe parce qu’il joue en nous sur des ressorts puissants. Se donner une chance de désamorcer la fascination qu’il exerce et le malheur qu’il propage, réclame de mettre au jour ce qui nous rend si vulnérables à ses illusions.   Pour lire l’interview de l’auteur : Olivier Rey : « L’artificialisation de la procréation et le transhumanisme sont en ‘synergie’ »

Louis et le bonheur pour tous

Christine Voegel-Turenne Transhumanisme
Téqui : http://www.librairietequi.com/A-64876-louis-et-le-bonheur-pour-tous.aspx
Octobre 2018
251 pages
Ce roman d’aventures ouvre les yeux du lecteur sur le monde dans lequel nous sommes en train de glisser : un monde individualiste où les désirs des « sujets » sont assouvis sans délai, où le moindre stress est éliminé par cure dans un Centre de bonheur pour tous, et toute angoisse durable épargnée grâce aux services d’euthanasie. Un univers où le tuteur électronique de chaque individu concentre toutes les capacités des objets connectés pour lui épargner de penser. Une société où chaque sujet se doit d’être un « froeur » universel, « non pas proche de son voisin mais d’une communauté désincarnée aux contours vagues ». Christine Voegel-Turenne éclaire ses lecteurs sur les conséquences de nos choix actuels face aux biotechnologies. Une lecture indispensable en cette année de révision de la loi de bioéthique !   Louis et le bonheur pour tous est la suite de Louis et la fabrique d'un autre genre; ils peuvent cependant se lire indépendamment.  

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