Belgique : 2500 professionnels de santé vent debout contre l'extension à 18 semaines du délai pour avorter



A l’occasion d’une conférence de presse organisée le 10 mars, 2500 soignants francophones et néerlandais ont exprimé leur « inquiétude et leur exaspération face aux silences répétés des parlementaires à leur égard, quant à la proposition de loi sur l'avortement ».

 

La loi projette d’allonger le délai pour pratiquer une IVG de 12 à 18 semaines soit 4,5 mois, de ramener le délai de réflexion de 6 à 2 jours, de supprimer « l'obligation d'information sur les aides psychologiques et matérielles disponibles pour poursuivre la grossesse » et enfin de faire de l’IVG un « acte médical ».

 

Les intervenants ont unanimement dénoncé « l'inadéquation et la nocivité » de ces mesures.

 

En effet, le délai de 12 semaines « répond à la quasi-totalité des demandes actuelles, tout en minimisant les risques pour la santé de la femme, ce qui n'est plus le cas avec cette proposition de loi ». Le Dr Kortmann a expliqué que les méthodes utilisées pour provoquer l’expulsion du fœtus étaient barbares, particulièrement celle, plus rapide, de curetage avec morcellement du fœtus qui ne peut être évacué, à ce stade, que démembré.

 

Un gynécologue, le Dr Nuchowicz, souligne qu’à compter du second semestre, « le bébé sent, ressent, réagit, répond », sa mémoire cellulaire existe dès 5 à 6 semaines. Sylvie Detollenaere, une sage-femme, insiste sur l’ambivalence des sentiments de la femme enceinte en début de grossesse. Elle précise que plus l’avortement est tardif, plus la femme a conscience de la vie qui se développe en elle et plus les souffrances psychiques sont importantes. Celles-ci « n'épargnent pas non plus l'homme ».

 

Concernant la réduction du délai de réflexion, des voix se sont fait entendre pour maintenir cet « espace de réflexion » et « éviter les décisions réactionnelles afin de prévenir les IVG à répétition et de permettre aux femmes de maîtriser leur fécondité ».

 

Nombreux intervenants ont déploré « l'ignorance de la réalité du terrain par les parlementaires » et ont demandé à être entendus, estimant par ailleurs que « la désignation de l'avortement comme acte médical dans la proposition de loi » leur faisait craindre « une banalisation de l'acte plus dangereuse encore » alors même qu’il n’y a aucune urgence à légiférer sur le sujet. Ils plaident en faveur d’une « plus grande qualité de prévention et d'accompagnement, ce qui passe par une information de qualité ».

 

Pour Eric Vermeer, infirmier spécialisé en soins palliatifs et en psychiatrie, interrogé par La libre, « si l’accompagnement après une IVG est essentiel, il l’est tout autant avant l’acte. Cet espace préalable et respectueux se révèle très précieux pour permettre à la personne de confirmer son choix, ou parfois de le requestionner. Car nous savons combien, dans une situation de crise, l’émotion peut prendre le pas sur la raison ». Il s’interroge : « Le souhait, très respectable, du pouvoir politique d’avaliser la totale liberté de la femme deviendrait-il tyrannique au point d’empêcher une femme de recevoir un avis différent et nuancé sur son projet d’interruption de grossesse ? »


Sources: 

Institut européen de Bioethique (11/03/2020) - Les soignants opposés à la proposition de loi avortement demandent à être reçus par les députés

La Libre (10/03/2020)