Aux Pays-Bas, le nombre d'euthanasie a diminué de 7% en 2018. Baisse réelle ?



Les chiffres officiels de l’euthanasie aux Pays-Bas en 2018 sont en baisse de 7% pour la première fois depuis 2003. Une tendance étonnante compte tenu de l’importance de la population âgée.

 

En attendant que le ministère de la santé public ne publie son rapport, plusieurs hypothèses sont avancées. Si Jacob Kohnstamm, le président du Comité des Pays-Bas qui supervise des euthanasies évoque une épidémie de grippe début 2018, qui aurait contrebalancé les demandes d’euthanasies, d’autres raisons sont évoquées.

 

La première, très largement acceptée, est liée aux poursuites engagées par le Ministère de la Justice contre des médecins ayant pratiqué des euthanasies pour négligence (cf. Aux Pays-Bas, pour la première fois, un médecin poursuivi pour avoir euthanasié une personne atteinte de démence). Ce n’était jamais arrivé depuis 2002 et elles ont fait grand bruit dans le pays et à l’étranger. Ces procédures et les investigations ont alarmé les médecins qui n’avaient pas envisagé les éventuelles conséquences légales de leurs actes. Steven Pleiter, directeur de la Life's End Clinic, a déclaré cette annonce avait été « un choc terrible pour les médecins » (cf. Baisse du nombre d’euthanasies aux Pays-Bas : des médecins "de plus en plus méfiants"). Du reste, sur son site Internet, la clinique explique du reste que « par crainte de poursuites pénales, les médecins sont devenus encore plus prudents ».

 

Une autre explication traîne dans les conversations. Une étude de 2015 menée par le gouvernement montre que 19% des cas d’euthanasies ne faisaient pas l’objet de déclarations officielles. La raison avancée serait que les médecins ne considèrent pas tous les cas comme constituant une euthanasie ou un suicide assisté. Avec l’utilisation de la morphine, par exemple, ils estiment qu’il n’est pas toujours possible de déterminer si celle-ci a eu pour effet ou non de raccourcir la vie.

 

En réalité, il a été montré que les médecins étaient plus enclins à déclarer les euthanasies si un second médecin avait été consulté du vivant du patient. Dans 93% des euthanasies non déclarées, il n’y avait pas de second médecin consulté. De plus, 10% des docteurs considèrent que le processus de déclaration est chronophage et, pour 5%, il est lourd. 8% d’entre eux seraient favorables à ce qu’il soit supprimé.

Aussi, maintenant que les médecins peuvent faire face à des conséquences légales, ils ont intérêt à ne pas faire de rapport.

 

Quoi qu’il en soit de l'explication de cette baisse, elle ne semble pas avoir apporté de changement culturel aux Pays-Bas. La demande reste élevée. En fait, les chiffres du premier trimestre de 2019 montrent une augmentation de 9 % des cas d'euthanasie signalés. Pour Jacob Kohnstamm, l’année 2018 « pourrait bien être une exception ».

 

Pour aller plus loin :

Aux Pays-Bas, le nouveau Code de déontologie pour la pratique de l’euthanasie est-il un "progrès" ?

Aux Pays-Bas, un quart des décès sont provoqués


Sources: 

The Federalist, Emma Elliott (01/05/2019) - Year’s Decline In Dutch Euthanasia May Have Dark Explanations