Aux Etats-Unis, un test génétique de prédisposition du cancer du sein bientôt en vente libre



Le 6 mars dernier, la FDA a donné son accord pour la commercialisation d’un test de prédisposition au cancer du sein pour trois mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 mis à disposition par la société californienne 23andme. A la différence des autres tests génétiques déjà sur le marché, ces kits seront disponibles sans ordonnance. Un évènement que Jean-Yves Nau qualifie d’ « inquiétant ».  En effet, un simple test de salive doit permettre aux femmes de savoir si elles sont porteuses ou non des mutations génétiques associées au risque de cancer.

 

Cette décision « marque un tournant dans la position de la FDA qui, en 2013, avait ordonné à 23andMe de les retirer du marché. (…) L’agence soulignait alors les risques encourus par les patients en cas d’erreur ou de mauvaise interprétation ». Aujourd’hui, la FDA juge que « les données communiquées par 23andMe sont suffisantes pour garantir la fiabilité des tests, et que la décision doit revenir au ‘consommateur’ ». De ce côté-là, la FDA précisait en 2017 que le risque génétique ne signifie pas que les patients « vont ou pas développer une maladie », estimant que « les résultats obtenus ne doivent pas être utilisés pour établir un diagnostic ou déterminer un traitement ».

 

23andme consolide sa position : avec ses 2 millions de profils l’entreprise possède « l’une des plus grandes bases mondiales de données génétiques » : « une mine d’or pour les laboratoires pharmaceutiques ». Le marché de ces tests « devrait bondir de 110 millions de dollars en 2017 à 340 millions en 2022 », pour des informations qui intéressent beaucoup de monde : assurances, marketing pharmaceutiques « qui peuvent, au vu de ces informations, vous cibler pour vous vendre tel ou tel produit, ou éventuellement pour vous refuser telle ou telle assurance », expliquait déjà en 2015 Bertrand Jordan dans la revue Médecine/Sciences, ajoutant : « On sait aussi qu’une séquence d’ADN ‘anonyme’ peut assez facilement être rattachée à une personne précise. Notre ‘intimité génétique’ est en danger (…), le problème est général, mais particulièrement aigu pour ce qui concerne notre santé et notre génome. Oui, décidément, nous risquons bien d’assister à la fin de la vie privée, ou tout au moins d’une certaine idée de l’intimité ».

 

Côté français, « les tests génétiques de prédisposition ne sont accessibles que sur prescription médicale », ils sont « strictement encadrés ».


Sources: 

Le Monde, Chloé Hecketsweiler (09/03/2018) et Jean-Yves Nau (09/03/2018)