Auditions à l'Assemblée nationale, un Conseil de l'ordre des médecins atone


Le Conseil de l’ordre des médecins était auditionné à l’Assemblée nationale jeudi 29 août par la Commission spéciale bioéthique. Avaient-ils si peu à dire ?

 

« Le conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) n’a pas constaté d’obstacle majeur à l’extension de l’AMP (assistance médicale à la procréation) à toutes les femmes, au regard de l’éthique médicale en général, sous réserve que soient respectés les principes de non-discrimination et de la liberté du médecin ». Cette phrase introductive d’Anne-Marie Travieux, la présidente de la section éthique du CNOM, auditionnée jeudi dernier par la commission de loi de bioéthique, révèle la position ambigüe adoptée par cette instance sur le projet de loi. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Conseil ne brille pas par l’affirmation de convictions fortes alors que la médecine est en train de basculer, de quitter le domaine du soin pour devenir une prestation de service adressée à une clientèle dont certaines ne sont pas infertiles. « L’Ordre proposera des amendements », a néanmoins informé le vice-président du Conseil de l’Ordre, Serge Uzan.

 

Sur la question d’une possible application de la clause de conscience des médecins à la PMA, Anne-Marie Travieux répond par l’affirmative, évoquant un équilibre à trouver entre la « liberté de demander l’AMP », et la « liberté de la pratiquer ». Cependant, la transformation induite dans la relation patient - médecin qui est déjà en cours, René Frydman dans son audition ayant rapporté que des patientes expriment très librement en consultation qu’elles « ont droit » à la PMA, droit d’avoir un enfant, n’est absolument pas prise en compte. Quelle pression sera exercée sur les médecins qui ne « suivront pas le mouvement » ?

 

Enfin, sur la « PMA post mortem », écartée du projet de loi, Serge Uzan a jugé qu’il fallait « peut-être se reposer la question ». En effet, à partir du moment où l’« AMP aux femmes seules » sera autorisée, il pourra être difficile de l’interdire. Lors de l’audition précédente, Geneviève Delaisi de Parseval, une psychanalyste, a quant à elle fait une distinction entre l’ « insémination » post mortem, procédé qu’elle a qualifié de « malsain », et la transplantation d’un « embryon » déjà constitué du vivant des deux partenaires, post mortem. « Ce n’est pas la même chose », a-t-elle affirmé, sans cependant donner son avis sur cette dernière procédure. Dans ce cas, conclut-elle, un « accompagnement psychologique » des parents, indispensable, devrait être mis en œuvre.

 

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